Arguments foireux

 

La campagne contre le Brexit1 a été l’occasion de continuer de nous matraquer avec des arguments particulièrement stupides, mais inlassablement répétés depuis des années pour tenter de nous convaincre des bénéfices de l’Union européenne. Les deux suivants sont particulièrement répétés.

« L’Union européenne nous a apporté la paix. » Cet argument est répété en boucle. Avec le sous-entendu évident, et parfois même formulé, que la fin de l’Union européenne signifierait le retour de la guerre entre nations européennes. Je ne peux pas compter le nombre de fois incalculable où j’ai pu entendre ou lire que la construction européenne avait apporté la paix à l’Europe ; mais jamais d’argumentation, ni de démonstration. Juste la répétition à l’infini. Mais si la répétition peut créer une évidence pour des esprits influençables, il n’empêche que répétition n’est pas démonstration.

Certains lecteurs pourront me suggérer que le fait de commercer et d’être lié dans un ensemble politique est de nature à empêcher les conflits armés. Je leur conseillerais au minimum de trouver préalablement des arguments pour expliquer pourquoi la guerre de Sécession et la guerre de Yougoslavie ont bien pu avoir lieu. D’autant plus que ces deux guerres n’ont pas eu lieu malgré la présence d’une fédération, mais à cause d’une fédération.

En fait, cet argument est plutôt fondé sur la concomitance de la construction européenne et de la paix en Europe de l’Ouest. Et de la concomitance incontestable, on glisse à la causalité, sans la démontrer. Mais depuis 1945, il a aussi concomitance entre la paix en Europe de l’Ouest, et d’autres tendances, comme le réchauffement climatique, le développement de l’informatique ou l’accroissement de la vitesse des trains ; peut-on pour autant dire que c’est grâce au réchauffement climatique, aux TGV ou aux ordinateurs que nous avons eu la paix en Europe ?

De plus, si l’on admet un lien entre la construction européenne et la paix en Europe, et même un lien de causalité entre les deux, dans quel sens faut-il admettre cette causalité ? Est-ce la construction européenne qui a permis la paix en Europe ? Ou est-ce la paix en Europe qui a permis la construction européenne ?

« L’Europe nous donne de l’argent. » C’est le second argument massue des partisans de l’UE. C’est grâce aux subventions de l’Europe que nos agriculteurs survivent, ou que certaines régions sont équipées en routes. Avec en corollaire une interrogation ébahie des eurobéats : comment des gens qui reçoivent des subventions européennes peuvent-ils voter contre l’Union européenne ? Ne nous attardons pas sur le fait que les motivations économiques ne constituent pas forcément l’argument le plus important pour tous les électeurs : certains acceptent le risque d’être plus pauvres contre la garantie qu’ils ne seront pas submergés par une immigration massive qui leur amène insécurité et développement de mœurs et règles islamiques dans leur pays. Restons sur le plan financier. Comment peut-on dire que l’Europe nous donne de l’argent ? L’Europe nous rend l’argent que nous lui donnons en tant que contribuables, en payant nos impôts, après en avoir prélevé une part pour rétribuer les fonctionnaires européens. Dans ces conditions, l’argent « donné » par Bruxelles, pour les paysans ou pour les routes, peut aussi bien être donné par Londres ou Paris.

A la limite, l’argument pourrait être utilisé en Pologne. La Pologne donne moins à l’Europe que ce qu’elle reçoit ; qu’elle reçoit de l’Europe, certes, mais donc des contribuables allemands, britanniques ou français. En revanche, cet argument ne vaut rien pour des Français ou des Britanniques, puisque ces pays donnent plus qu’ils ne reçoivent.

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1- Brexit : sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne

 

 

Un départ historique

 

Le 23 juin 2016 est une date historique pour l’Union européenne, avec le référendum britannique de sortie de l’Union.

Ce n’est certes pas la première fois qu’un territoire sort de l’Union européenne.

En 1973, le Danemark entrait dans l’Europe ; le Groenland était alors un « comté d’outre-mer du royaume de Danemark ». En 1982, le Groenland, qui avait obtenu entre-temps une autonomie accrue, organisait un référendum, qui donnait la victoire (53%) à ceux qui voulaient sortir de l’Europe. Le Groenland se retirait de l’Europe en 1985.

Mais, avec la décision britannique, c’est un Etat-membre qui, pour la première fois, va sortir de l’Union.

En 1957, la CEE (Communauté économique européenne) était créée par le traité de Rome par 6 Etats : la France, la RFA1, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Italie. La CEE accueillait en 1973 le Royaume-Uni, le Danemark et l’Irlande ; puis la Grèce en 1981, et l’Espagne et le Portugal en 1986.

Suite au traité de Maastricht de 1992, l’Union européenne prend la suite de la CEE en 1993.

L’UE passe à 15 membres en 1995 (entrée de l’Autriche, de la Finlande et de la Suède), puis à 25 en 2004 (Chypre, Malte, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Hongrie, république tchèque, Slovaquie et Slovénie), puis à 27 en 2007 (Bulgarie et Roumanie) et enfin à 28 en 2013 (Croatie).

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1- RFA : République Fédérale d’Allemagne

 

 

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Le souffle de la liberté

 

Le jeudi 23 juin 2016, la Grande-Bretagne organisait un référendum sur son maintien ou sa sortie de l’Union européenne.

A 51,9%, les Britanniques ont voté pour une sortie de l’Union européenne, décidant de recouvrer leur pleine indépendance.

Les électeurs d’Angleterre et du Pays de Galles ont voté pour la sortie de l’UE, respectivement à 53,4% et 52,5%. Ceux d’Ecosse et d’Irlande du Nord ont eux plus voté pour un maintien dans l’UE, respectivement à 62% et 55,8%.

En Ecosse, la totalité des 32 conseils écossais a donné la majorité au maintien dans l’UE, avec un record de 74,4% à Edinbourg.

En Irlande du Nord, 11 des 18 circonscriptions parlementaires ont donné une majorité au maintien, les deux meilleurs scores étant à Foyle (78,26%) et Belfast-Ouest (74,1%).

Au Pays de Galles, 17 des 22 conseils ont voté pour la sortie, avec un meilleur score à 62%. Parmi les 5 conseils ayant voté pour le maintien, figure Cardiff, qui a voté à 60% pour le maintien.

8 des 9 régions anglaises ont voté pour la sortie :

  • Angleterre de l’Est : 56,48% pour la sortie ; 42 des 47 districts ont voté pour la sortie, dont 4 à plus de 70% (dont Thurrock1, place forte du UKIP, à 72,3%) ; 5 districts ont voté en faveur du maintien, dont Cambridge (73,8% pour le maintien) et Saint-Alban (62,7% pour le maintien).

  • Angleterre du Nord-Est : 58,04% pour la sortie ; 11 des 12 districts ont voté pour la sortie.

  • Angleterre du Nord-Ouest : 53,65% pour la sortie ; 32 des 39 districts ont voté pour la sortie ; ont notamment voté pour le maintien Liverpool (58,2%) et Manchester (à 60,4%).

  • Angleterre du Sud-Est : 51,78% pour la sortie ; 43 des 67 districts ont voté pour la sortie ; Oxford a voté pour le maintien à 70,3%.

  • Angleterre du Sud-Ouest : 52,63% pour la sortie ; des 29 des 38 districts ont voté pour la sortie ; à noter que Gibraltar a été rattaché administrativement à cette région pour ce scrutin, Gibraltar qui a voté à 95,9% pour le maintien.

  • Grand Londres : 59,9% pour le maintien ; 28 des 33 districts ont voté pour le maintien, dont 9 à plus de 70% ; 3 des 5 districts ayant voté pour le départ l’ont fait à plus de 60% (69,7% à Havering).

  • Midlands de l’Est : 58,82% pour la sortie. 39 des 40 districts ont voté pour la sortie, avec le meilleur score à 75,6% ; seul le district de Leicester a voté pour le maintien, à 51,1%.

  • Midlands de l’Ouest : 59,26% pour la sortie ; 29 des 30 districts ont voté pour le départ.

  • Yorkshire-et-Humber : 57,71% pour la sortie ; 18 des 21 districts ont voté pour le départ.

Au vu de ces résultats, on constate donc un plus fort vote pour le maintien dans les grandes villes.

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1- Voir chronique du 9 mai 2016 : « Elections locales en Grande-Bretagne » .

 

 

Torticolis

 

A chaque attaque terroriste, les médias se tournent spontanément vers la piste de l’extrême-droite. Ce fut par exemple le cas avec l’attentat du marathon de Boston ou les assassinats de Mohamed Merah. Avant d’être obligé de reconnaître qu’il s’agit d’attentats islamistes.

Il n’y avait pas de raison que ce ne fût pas le cas ce mois-ci.

A Orlando, malgré l’évidence des motivations islamistes du tueur, et même de la revendication de l’Etat islamique, certains avaient décidément un torticolis qui les poussait obstinément à regarder vers la droite. Par exemple, sur BFM-TV, l’ « expert » Jacques Poinas déclarait1 encore le 12 juin 2016 vers 18h30 : « L’homophobie historique est traditionnellement liée à l’extrême-droite ». Encore plus grotesque, des messages sur Tweeter faisaient le lien en France entre la tuerie d’Orlando et…. la Manif pour Tous, qui avait organisé des manifestations contre le mariage homosexuel et la légalisation des mères porteuses.

Il est très instructif de voir l’attitude des spécialistes du « pas d’amalgame » et du « rien à voir ». Quand un terroriste musulman tue au nom de l’islam, ils nous intiment l’ordre de ne pas faire d’amalgame avec l’islam, mais ils amalgament l’assassinat de 49 personnes au nom de l’islam avec l’opposition des Français aux mères porteuses. Quand un terroriste musulman tue 49 homosexuels au nom de l’islam, que ces assassinats sont revendiqués par l’Etat islamique, çà n’a rien à voir avec l’islam, mais çà aurait quelque chose à voir avec la Manif pour tous.

Pour les assassinats de Magnanville, je me suis couché le 13 juin après minuit, en éteignant la télévision qui répétait que le tueur était probablement un « ancien légionnaire ». Quelques heures plus tard, la thèse de l’ancien militaire avait mystérieusement disparu, l’assassin étant en réalité un musulman déjà condamné pour son implication dans une filière de recrutement djihadiste. D’où était venue cette « information » sur un ancien légionnaire ? Mystère ! On n’en a plus entendu parler. Même pas pour présenter des excuses pour cette erreur ou cette manipulation, ni pour nous expliquer les raisons de cette erreur, ni pour faire une enquête pour savoir s’il y avait eu volonté de manipulation et par qui. Juste le silence.

Le 16 juin 2016, enfin une bonne nouvelle qui vient de Grande-Bretagne ! Un vrai assassinat d’extrême-droite ! Helen Joanne Cox, alias « Jo Cox », travailliste immigrationniste et eurobéate, député de Batley et Spen, est tuée à Leeds, à coup de couteau et au pistolet. L’assassin a crié « Britain first2 », ce qui le lie à la campagne électorale pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Les journalistes peuvent enfin parler d’un meurtre sans lien avec l’islam. Et, dans la campagne du référendum, l’assassinat serait évidemment lié à la violence de la campagne de « l’extrême-droite ». Ceci dit, si j’ai bien compris, la « violence » de la campagne serait constituée par le fait que le parti UKIP veut que la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne, et fait campagne pour une limitation de l’immigration. Ce serait çà, la « violence ». En aucun cas, on ne nous a cité des affiches ou des propos appelant à assassiner des militants eurobéats en général, ni Helen Cox en particulier.

Le 18 juin 2016, un jeune Britannique a tenté de s’emparer de l’arme d’un policier, en vue d’assassiner Donald Trump, candidat du parti républicain à la présidentielle américaine de novembre 2016, lors d’un meeting de ce dernier à Las Végas. L’agresseur a été maîtrisé par la police.

En France, il ne doit pas exister un seul jour sans que Donald Trump ne soit systématiquement attaqué et insulté dans les médias ; a contrario, personne ne connaissait le nom d’Helen Fox avant son assassinat. Quand Helen Cox est assassinée, c’est à cause de la campagne violente des partis de droite contre les idées de gauche. Quand quelqu’un veut assassiner Donald Trump, ce n’est pas à cause de la campagne violente des médias de gauche contre la personne de Trump, c’est évidemment parce que Trump est un candidat qui « suscite la controverse », qui « génère des tensions » ; bref, d’après les médias, c’est quand même un peu sa faute.

Aïe ; le torticolis…..

Avant de terminer cette chronique, je précise que la phrase « enfin une bonne nouvelle qui vient de Grande-Bretagne ! », que j’ai écrite plus haut, est évidemment ironique, et que je la place dans la tête d’un journaliste de gauche dépité de ne recevoir que des dépêches concernant des attentats islamistes. Cà me paraît évident dans la construction de cette chronique, mais comme dans notre monde actuel, certains commentateurs ne sont pas aptes à lire plus de trois lignes, ils sont capables de la sortir de son contexte, et de la citer en disant que je me réjouis de l’assassinat de ce député. Je considère au contraire sans ambiguïté aucune que la violence n’est pas un moyen acceptable de la lutte politique ; la politique, c’est convaincre ses compatriotes, et non pas les tabasser, ni les assassiner.

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1- Cité dans Caroline Parmentier : « Tuerie islamiste », Présent, 14 juin 2016

2- Britain first : la Grande-Bretagne d’abord.

 

 

 

Les étincelles du ramadan

 

Quelques nouvelles en ce mois de ramadan.

Le 12 juin 2016, à Orlando (Floride), un musulman a tué 49 personnes et en a blessé une cinquantaine, à l’intérieur d’une discothèque fréquentée par des homosexuels. L’attentat a été revendiqué par l’Etat islamique.

Le soir du 13 juin 2016, à Magnanville (Yvelines), un policier du commissariat des Mureaux (Jean-Baptiste Salvaing) et sa compagne (Jessica Schneider), agent administratif au commissariat de Mantes-la-Jolie, ont été assassinés. Le musulman Larossi Abballa a frappé le policier de plusieurs coups de couteaux dans le torse alors qu’il arrivait à son domicile, et a égorgé sa compagne dans leur maison. Il a publié des photos de son œuvre sur Internet et a diffusé des vidéos en direct. Sur l’une d’elles, il se demandait ce qu’il allait faire au petit garçon de 3 ans, qui était derrière lui sur le canapé, et dont il venait d’égorger la mère dans la pièce. Les policiers du RAID ont abrégé les réflexions de l’assassin. L’attentat a été revendiqué par l’Etat islamique.

Le 14 juin 2016, à Rennes, une jeune femme de 19 ans a été blessée de trois coups de couteau, à l’abdomen et au poignet, « par un déséquilibré qui a déclaré vouloir faire un sacrifice pendant le ramadan1 ».

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1- Yohan Blavignat : « Rennes : une lycéenne blessée par un déséquilibré qui voulait tuer pendant le ramadan ».

 

 

L’affaire Redeker

 

Cette année est le dixième anniversaire de l’affaire Redeker.

Je ne sais pas si les télévisions accorderont beaucoup d’importance à cet anniversaire en septembre. Et pourtant, il faut garder à l’esprit la nouvelle vie de Robert Redeker.

A l’attention de mes plus jeunes lecteurs, il me paraît utile d’effectuer un bref rappel des événements. Car je doute qu’on leur en ait parlé au collège, ni au lycée.

En septembre 2006, un article1 du professeur et philosophe Robert Redeker est publié dans le Figaro. Il y écrit notamment que « l’Église catholique n’est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires ». Mais il poursuit : « Ce qui différencie le christianisme de l’islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l’Église. Aucune des fautes de l’Église ne plonge ses racines dans l’Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine. »

Cette critique de l’islam valut des menaces de mort à Robert Redeker, qui vécut dès lors sous protection policière.

Dans la revue allemande Die Gazette2, Robert Redeker décrivit sa vie après la publication de cet article. De l’enterrement de son père en cachette à son déménagement. En passant par la nécessité de faire disparaître d’Internet les références du compte bancaire sur lequel certains pouvaient effectuer des virements pour l’aider à vivre dans la clandestinité, en raison des menaces contre la banque. Un petit coup de griffe aussi pour ses voisins, lassés de la protection policière : « Les voisins se sont plaints à la mairie de la présence permanente de la police dans la rue. Dans ce petit village peureux et lâche, Escalquens, les voisins préféraient que je courre le risque d’être assassiné chez moi plutôt que de supporter la vue des policiers dans la rue ».

A l’occasion de cet anniversaire, je recommande la lecture, ou la relecture, de ces deux articles de Robert Redeker : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? » et « Réfugié politique dans mon propre pays ».

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1- Robert Redeker : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? », le Figaro, 19 septembre 2006

2- Robert Redeker : « Eine Fatwa im Lande Voltaires », Die Gazette, n°14/été 2007 ; traduction en français mise en ligne sur le site Internet de Robert Redeker sous le titre : « Réfugié politique dans mon propre pays »

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Liens :

 

 

Rééducation politique au collège

 

Il est des articles de presse qui disent des choses intéressantes. Parfois sans le vouloir. Sans même le savoir.

L’article1 de Marine Forestier dans le Monde du 12 avril 2016 est de ceux-là.

Si la journaliste avait compris ce que son article montrait, elle ne l’aurait probablement pas publié.

Le problème de cette journaliste, c’est qu’elle a probablement écrit son article avec sa plume de journaliste de gauche, immigrationniste et politiquement correcte. Et que son article fait voir des réalités diamétralement opposées : çà dépend si l’on a les même œillères qu’elle, ou pas.

Son article décrit un « atelier d’écriture » dans le collège de Saint-Amant-Roche-Savine, dans le Puy-de-Dôme. Le collège a invité le musicien Cyril Amblard, qu’on devine plutôt de gauche, pour faire écrire aux collégiens une chanson sur l’actualité. Le thème de la chanson : la « crise des migrants ».

L’« atelier » décrit dans l’article se déroule début avril.

Il a été précédé d’une séance en mars où le musicien a demandé aux enfants à quoi ils associaient le mot « migrants » ; le musicien a été surpris. Les collégiens ont cité les mots « espoir », « bateaux » et « solitude » ; ce sont les mots que l’équipe éducative attend. Mais il y a aussi eu les mots « AK47 » et « terroristes » ; ces deux mots, il n’est pas normal, il est inacceptable de les associer aux migrants. C’est assez explicite dans le récit écrit par la journaliste. « Parmi les « espoir », « bateau » et « solitude », ont surgi « AK47 » et « terroristes » ». Les premiers mots sont acceptés, les deux derniers mots ont « surgi », ils ont fait irruption, alors qu’ils n’étaient pas désirés.

L’article qui décrit l’« atelier » d’avril peut être lu de deux manière différentes, suivant le lecteur. Le lecteur immigrationniste de gauche y voit probablement le combat dur, courageux et méritoire de deux enseignantes soucieuses d’inculquer des valeurs d’accueil à leurs élèves ; les autres y voient une séance de torture psychologique horrible de deux professeurs sur leurs jeunes élèves ; car les deux enseignantes se comportent de manière ignoble, comme deux commissaires politiques. Leur attitude inspire un mélange d’horreur et de gêne.

Le méchant de l’histoire, c’est Rémi. Vraiment un pauvre type, ce Rémi. Savez-vous comment je le sais ? Je le sais grâce à son classeur. C’est d’ailleurs avec cet accessoire scolaire que commence l’article. « Il est un peu moche, son classeur, Rémi. C’est un de ces classeurs qu’on traîne d’une année sur l’autre, pour éviter d’en racheter un à chaque rentrée. Il manque la moitié de la couverture, un drapeau britannique. Ne reste que la tranche en carton, et elle-même est mal en point. » Quel pauvre gars, ce Rémi, il ne change pas de classeur chaque année, il ne se met pas à la mode. En plus de sa tare d’être démodé, il a peut-être une autre tare, le Rémi : il est peut-être économe, il n’est peut-être pas riche, ses parents n’ont peut-être pas les moyens de lui payer un nouveau classeur chaque année. Démodé et pauvre, on comprend que ces caractéristiques ne provoquent pas de sympathie particulière chez une journaliste de gauche ; un vrai collégien de gauche aujourd’hui, çà s’habille avec des chaussures de sport et des habits de marque, dont le prix est supérieur au salaire mensuel d’un ouvrier. Un collégien pas de gauche peut quand même s’attirer la sympathie de la gauche, s’il est d’origine immigrée, et qu’il se paie ses fringues hors de prix avec la drogue qu’il vend. Mais un pauvre de souche, quelle horreur. Pour couronner le tout, le Rémi est aussi un peu névrosé, et c’est son pauvre classeur qui en fait les frais : « il l’émiette nerveusement depuis que sa prof lui demande pourquoi il ne veut pas aider les migrants. »

Heureusement, tous les élèves ne sont pas comme çà. Certains sont bien formatés, et sont capables de bien répéter sans réfléchir ce que leur racontent leurs enseignants, en débitant des niaiseries d’apitoiement sur les immigrés. Ainsi, Chloé sait écrire un couplet « qui plaît beaucoup » au musicien :

« Des gens me regardent comme une bête en cage.

Il me manque la mélodie de ce pays.

Des parfums inconnus migrent dans ma vie. »

L’article du Monde contient deux pics d’intensité.

Le premier, c’est quand le professeur d’Histoire-géo s’adresse à Rémi. Les socialistes y verront une prof attentionnée. Pour les autres, c’est un haut-le-cœur face à son comportement scandaleux. « Sa prof d’histoire-géo, Emilie Tardes, s’accroupit à côté de lui. Elle lui rappelle les Français qui ont caché des juifs lors de la seconde guerre mondiale. Rémi baisse la tête. Le petit tas de miettes de son classeur grossit un peu plus. » Outre le caractère assez peu pertinent de la comparaison, c’est son caractère odieux et déplacé qui choque. Sans honte aucune, ce professeur se permet de d’accuser un de ses jeunes élèves d’être semblable à un nazi, à un exterminateur de juifs, ou au minimum à un complice insensible à de tels crimes, parce qu’il ne partage pas les opinions politiques de sa prof sur l’immigration.

La prof d’anglais, Sarah Frugère, s’essaie à un autre argument, plus ou moins foireux : « Quand tes parents paient leurs impôts, c’est aussi pour aider les autres. »

On l’a compris, la présence de ce Rémi est vraiment pénible. Et horreur ! Comme si çà ne suffisait pas, il a un ami, le « blondinet » Nicolas.

« Son copain Nicolas s’en mêle : « C’est ton opinion Rémi, t’as le droit. » Lui non plus d’ailleurs, n’aiderait pas les migrants : « J’aurais pas de pitié », explique le blondinet, avec un sourire blasé. « Les attentats, je savais que ça allait arriver. La France c’est le truc de la liberté. Les terroristes voulaient nous toucher. Moi je n’accueillerais plus de migrants parce que les terroristes se mêlent avec eux et après ils font des attentats », affirme-t-il. »

On bien sent que la journaliste n’éprouve pas non plus d’empathie pour Nicolas. Il ne veut pas accueillir des immigrés, il a un « sourire blasé », et c’est un « blondinet ». La blondeur de ses cheveux doit être quelque chose d’important ; l’article ne nous informe pas sur la couleur de la chevelure des autres personnes citées….

Heureusement, il y a quand même des garçons bien dans cette classe. « « Ils sont butés. Quand on débat avec eux, ça part vite en cacahuètes », estime Ludovic, très content, lui, d’avoir appris plein de choses sur les migrants. » Le gentil Ludovic ! On ne sait pas trop c’est quoi les tout plein de trucs qu’il a appris sur les migrants, mais en tous cas, Ludovic a appris une chose très utile : avec les profs qu’il a, il vaut mieux être favorable à l’immigration de masse s’il ne veut pas être harcelé par les commissaires politiques du collège, et avoir de bonnes notes.

Le second pic d’intensité de l’article, c’est quand Rémi donne les paroles du troisième couplet de la chanson, rédigé avec son pote Nicolas.

« L’argent ne tombe pas du ciel,

arrêtez de vous plaindre et cherchez du boulot.

Il n’y a pas un coffre rempli d’or

au pied de l’arc-en-ciel. »

En lisant çà, on a d’abord un sourire ou un éclat de rire. Et on est fier du petit Rémi, qui a crânement résisté à la séance de rééducation politique des deux mégères hargneuses. Ce n’est probablement pas l’objectif de la journaliste, qui doit être plus en emphase avec les professeurs, qui ne semblent pas comprendre qu’on puisse leur résister.

Les pauvres professeurs sont abattus. « On tourne en rond. Les profs, exaspérées, ont besoin de souffler ».

Cet article n’a évidemment entraîné aucune réaction, ni des parlementaires, ni du ministre de l’Education, ni de la presse. Les deux professeurs n’ont apparemment pas été sanctionnés.

Que se serait-il passé dans une situation similaire, mais idéologiquement contraire ? Si des professeurs avaient stigmatisé et harcelé certains de leurs élèves, sous prétexte qu’ils étaient favorables à une politique d’immigration excessive ? Il est quasiment certain que nous aurions eu des manifestations ; que les syndicats de défense des enseignants auraient estimé que leur rôle était de demander la révocation de ces enseignants ; que la presse se serait déchaînée ; que le ministère de l’Education aurait pris des sanctions.

Mais là rien.

Et pourtant, relisez bien ce passage honteux : « Sa prof d’histoire-géo, Emilie Tardes, s’accroupit à côté de lui. Elle lui rappelle les Français qui ont caché des juifs lors de la seconde guerre mondiale. Rémi baisse la tête. Le petit tas de miettes de son classeur grossit un peu plus. »

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1- Marine Forestier : « Quand migrants rime avec espoir, bateau, AK47, terroristes : un atelier d’écriture en classe de 3e », le Monde, 12 avril 2016 (site Internet)

 

Une dangereuse fonction

 

Alexander van der Bellen1 est le neuvième président de la seconde république autrichienne, établie en 1945.

Cinq de ses huit prédécesseurs sont décédés pendant l’exercice de leur mandat : Karl Renner en 1950, Theodor Körner en 1957, Adolf Schärf en 1965, Franz Jonas en 1974 et Thomas Klestil en 2004.

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1- Voir chronique du 24 mai 2016 : « Election serrée en Autriche »

 

Forte poussée du FPO

 

L’Autriche a élu ce 22 mai son nouveau président1, l’écologiste Alexander van der Bellen. Mais le caractère historique du scrutin ne tient pas à ce nouvel élu, mais plutôt au résultat obtenu par Norbert Hofer, le candidat du FPO (35,05% au premier tour et 49,65% au second). En effet, sans ce score, cette élection n’aurait pas intéressé grand-monde à l’étranger ; qui se souvient des précédentes élections présidentielles autrichiennes ?

Le FPO est créé en 1955 et est ancré à droite.

Aux élections législatives de 1970, le SPO arrive en tête et obtient 81 sièges sur 165, l’OVP obtient 78 sièges et le FPO en obtient 6. Sans participer au gouvernement social-démocrate, le FPO le soutient en échange d’une modification du système électoral pour assurer une meilleure représentation des petits partis au parlement, qui comprend désormais 180 députés. Suite à cette réforme électorale, de nouvelles élections sont organisées en 1971, et le SPO obtient alors la majorité absolue des sièges, et peut donc gouverner seul.

De 1983 à 1986, les sociaux-démocrates et le FPO forment une coalition gouvernementale.

En 1986, Jörg Haider est élu à la tête du FPO et droitise le parti. Le chancelier autrichien, ne voulant pas gouverner avec Haider, rompt la coalition avec le FPO.

Dès lors, le FPO progresse aux élections législatives. Il obtenait 5% des voix en 1983. Il obtient 9,7% en 1986, 16,6% en 1990, 22,5% en 1994, 21,9% en 1995 et 26,91% en 1999.

En 1999, le FPO est derrière le SPO (33,15% et 65 sièges). Il obtient le même score et le même nombre de sièges que les conservateurs de l’OVP (26,91% des voix et 52 sièges). Symboliquement, le FPO est devenu le deuxième parti du pays, puisqu’il devance quand même l’OVP de 415 voix (sur un total de plus de 4,6 millions de suffrages exprimés).

Après les élections de 1999, l’OVP et le FPO s’allient pour former un gouvernement. Le FPO laisse la place de chancelier à un dirigeant de l’OVP. La participation du FPO au gouvernement n’est pas appréciée des gouvernements des autres pays de l’Union européenne, qui font pression sur l’Autriche. Sans succès.

Aux élections législatives de 2002, le FPO s’effondre à 10% (26,91% aux élections précédentes), au profit de son partenaire de coalition, l’OVP, qui bondit de 26,91% à 42,3%. La coalition est reconduite. Aux élections de 2006, le FPO reste stable, tandis que l’OVP baisse fortement ; l’OVP forme une coalition avec le SPO.

Le FPO est fortement pénalisé par sa participation gouvernementale. Ses résultats électoraux se sont effondrés. Le parti se divise ; en 2005, Jörg Haider quitte le FPO, et fonde un parti concurrent, le BZO2 (alliance pour l’avenir de l’Autriche).

Mais la droite nationale reconquiert progressivement le terrain perdu.

En 2002, le FPO s’était effondré à 10%. En 2006, le FPO est à 11,03% et le BZO à 4,11%, obtenant de justesse 7 députés, la limite pour être représenté au parlement étant fixée à 4%. En 2008, les deux partis de la droite nationale divisée obtiennent un total de 28% des voix (17,54% pour le FPO et 10,70% pour le BZO).

En 2013, le FPO prend nettement le dessus sur le BZO, dont le fondateur, Jörg Haider, était décédé en octobre 2008. Le FPO obtient 20,55% des voix, et le BZO, qui obtient 3,53%, est donc désormais absent du parlement. Un nouveau parti, le TS3, créé en 2012 sous le patronage de l’homme d’affaires Frank Stronach, et qui a notamment attiré à lui d’anciens membres du BZO, obtient 5,74% des voix et 11 députés.

Outre ses bons résultats nationaux, le FPO obtient de bons résultats aux scrutins locaux, et participe parfois aux exécutifs locaux.

De 1989 à 1991, Jörg Haider est gouverneur de la province de Carinthie, dans la capitale de laquelle (Klagenfurt) il est né en 1950. De 1999 à 2008, date de son décès, il occupe à nouveau cette fonction, d’abord sous l’étiquette FPO, puis BZO à partir de 2005.

En 2015, dans la région du Burgenland, le FPO a obtenu 15% des voix, et participe au gouvernement régional dirigé par le SPO.

En 2015, à l’élection municipale de Vienne, le SPO est arrivé en tête avec 39,59% des voix, suivi du FPO (30,79%).

Quant au TS, ses scores locaux lui ont permis d’entrer dans plusieurs parlements régionaux : Carinthie (11,18% des voix), Basse-Autriche (9,84%) et Salzbourg (8,3%).

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1- Voir chronique du 24 mai 2016 : « Election serrée en Autriche »

2- BZO : Bündnis Zukunft Oesterreichs

3- TS : Team Stronach

Election serrée en Autriche

Au second tour de l’élection présidentielle autrichienne, le 22 mai 2016, le candidat écologiste Alexander van der Bellen a été élu avec 50,35% des voix, contre 49,65% à Norbert Hofer, candidat du FPO1 (parti de la liberté d’Autriche).

Le premier tour avait été organisé le 24 avril 2016. Norbert Hofer y arrivait très largement en tête, avec 35,05% des voix, suivi par le candidat écologiste Alexander van der Bellen (21,34%). Les candidats des deux principaux partis politiques autrichiens depuis 1945 étaient éliminés. Le candidat du SPO2 (parti social-démocrate d’Autriche) obtenait 11,28% des voix ; à droite, le candidat de l’OVP3 (parti populaire autrichien) obtenait 11,12%.

Au premier tour, le candidat du FPO obtenait ses meilleurs scores dans les provinces du Burgenland (41,9%) de Styrie (38,84%) et de Carinthie (38,83%). Le candidat écologiste obtenait un score beaucoup plus important que son résultat national (21,34%) à Vienne (32,75%), seule région où il devançait Norbert Hofer (27,67%).

Au second tour, Alexander van der Bellen est en tête dans 4 régions : Vienne (63,32%), Voralberg (58,59%), Tyrol (51,39%) et Haute-Autriche (51,32%). Norbert Hofer est en tête dans 5 régions : Burgenland (61,43%), Carinthie (58,1%), Styrie (56,22%), Salzbourg (52,8%) et Basse-Autriche (52,62%).

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1- FPO : Freiheitliche Partei Oesterreichs

2- SPO : Sozialdemokratische Partei Oesterreichs

3- OVP : Oesterreichische Volkspartei

 

 

Deux élections cruciales

 

Deux élections importantes seront organisées avant l’été en Europe.

Le 22 mai, l’Autriche élira son président ; à l’issue du premier tour, seuls restent en lice un candidat écologiste et le candidat du FPO, parti associé au FN français au parlement européen.

Ensuite, le 23 juin, c’est le référendum en Grande-Bretagne sur la sortie de ce pays de l’Union européenne qui attirera l’attention d’un grand nombre d’Européens.

 

Les drapeaux de l’Eurovision

 

A l’occasion du concours Eurovision de la chanson de cette année, les organisateurs ont précisé leurs consignes1 sur les drapeaux pendant la cérémonie.

Les motivations données pour la mise en œuvre de cette politique sont de garantir la sécurité et le caractère apolitique de la cérémonie.

La directive donne d’abord les dimensions maximales des drapeaux.

Elle indique ensuite que sont interdites les bannières « qui contiendraient un message commercial, ou un message que les organisateurs considéreraient de nature offensante, discriminatoire, inappropriée, politique ou religieuse. »

Concernant les drapeaux, seuls sont autorisés les drapeaux officiels des pays participants et des Etats membres de l’ONU. Pourquoi pas ? Ceci dit, puisque les organisateurs trouvent important de réglementer la présence des drapeaux, on peut quand même alors se demander pourquoi des drapeaux algériens ou chinois seraient bienvenus dans la salle de l’Eurovision.

A ceux-là s’ajoute le drapeau de l’Union européenne. Pourquoi pas ?

Enfin, est autorisé « le drapeau arc-en-ciel, comme symbole de la tolérance et de la diversité ». C’est extravagant. Le seul drapeau autorisé ne représentant pas un territoire est donc le « drapeau » homosexuel. Parce qu’il ne serait pas politique ; parce que les organisateurs ont décidé que le « drapeau » homosexuel serait le symbole de la tolérance. Et les organisateurs considèrent qu’en écrivant cela, ils ne font pas de politique ; alors que le symbole d’un mouvement contraire à ce que représente ce « drapeau », comme par exemple un mouvement opposé à la légalisation de la polygamie, de la location d’utérus et de l’achat d’enfants, est donc interdit,et serait donc, si l’on suit le raisonnement des organisateurs, un symbole « politique », et contraire à la « tolérance » et à la « diversité ».

Ce procédé des organisateurs me paraît directement inspiré des régimes communistes et national-socialiste. Les communistes n’autorisaient que la faucille et le marteau, et l’étoile rouge, car ces symboles n’étaient pas partisans ; ces symboles représentaient le peuple, le progrès, la démocratie ; et tout autre symbole était donc factieux, et anti-démocratique. La croix gammée n’était pas un symbole partisan ; elle représentait la vraie Allemagne ; donc tout autre symbole était au mieux non-allemand, au pire anti-allemand. De même, au concours de l’Eurovision, les organisateurs imposent leur idéologie politique comme la seule autorisée, et interdisent toute expression non seulement contraire, mais aussi seulement différente, et cela au nom de la « tolérance » et de la « diversité » ; à la fois grotesque et inquiétant. Il faut quand même noter que les sanctions ne sont pas les mêmes ; un drapeau non-autorisé dans une réunion communiste ou nazie vous exposait à un séjour fort peu touristique dans un camp ; un drapeau non-autorisé à l’Eurovision vous expose juste à sa confiscation à l’entrée (et à sa non-restitution à la sortie), voire à « l’interdiction d’entrée dans la salle ». Mais si la différence dans l’échelle des sanctions est considérable, la similitude du raisonnement politique est incontestable.

Autre règle sur les bannières. Les messages dans une langue autre que l’anglais ou la langue du pays hôte (la Suède cette année) sont interdits. Tiens donc : voilà le français interdit ! Alors que le règlement2 du concours impose que le porte-parole de chaque pays annonce les résultats du vote de son pays en anglais ou en français, les bannières en français sont interdites dans la salle ! Pourquoi seulement l’anglais est-il autorisé ? Au-delà de cette scandaleuse interdiction du français au profit de l’anglais, on peut aussi se demander pourquoi toutes les langues européennes ne pourraient pas être affichées dans la salle ; pourquoi les spectateurs ne pourraient pas soutenir le candidat de leur pays avec un message dans la langue de leur pays. Pour des raisons de sécurité ? Parce que ce serait « politique » ? Parce que ce serait « offensant, discriminatoire, inappropriée, politique ou religieux » ? Parce que parler en français ou dans la langue de son pays serait une atteinte à la « tolérance » ou à la « diversité » ? Interdire des bannières en français en français, russe, néerlandais, espagnol ou estonien, au nom de la tolérance et de la diversité, çà aussi, çà vaut son pesant d’or….

Pour couronner le tout, le gestionnaire de la salle de concert qui hébergera la finale du concours a mis sur son site Internet un document des organisateurs de l’Eurovision, document retiré depuis, qui donnait des exemples de drapeaux interdits : aux côtés des symboles d’organisations terroristes, comme l’OLP ou Daesch, figuraient notamment les drapeaux corses et écossais. Certains Européens ont assez modérément apprécié ce voisinage imposé.

Une note ultérieure3 des organisateurs concède désormais une autorisation pour les drapeaux locaux et régionaux, comme par exemple le drapeau du pays de Galles, l’un des chanteurs britanniques étant d’origine galloise. La note réinsiste sur l’autorisation d’entrée dans la salle des « drapeaux » homosexuels ; décidément, les organisateurs y tiennent à ce « drapeau ». Les organisateurs acceptent aussi une « approche plus tolérante envers d’autres drapeaux, à condition que le public respecte le caractère non-politique du concours. »

Enfin, il semblerait que les organisateurs aient finalement demandé au public de ne pas brandir le « drapeau » homosexuel pendant la prestation du chanteur représentant la Russie : apparemment, la Russie est le seul pays d’Europe à ne pas le considérer comme un symbole apolitique.

1- ESC 2016 flag policy

2- « Eurovision operated by EBU : public rules of the 61st Eurovision song contest », paragraphe 1.1.3

3- Note du 6 mai 2016