Baudet : Indispensables frontières

J’ai lu l’année dernière le livre de Thierry Baudet « Indispensables frontières », sous-titré : « Pourquoi le supranationalisme et le multiculturalisme détruisent la démocratie ». Publié en 2012 dans sa version néerlandaise, il a été traduit et publié en français en 2015 (380 pages, plus 130 pages de notes).

Dans son avant-propos, Thierry Baudet expose l’objet de son ouvrage : « Ce livre défend l’idée que la démocratie représentative et l’état de droit ont besoin des Etats-nations. En démantelant la souveraineté nationale, les pays d’Europe de l’Ouest sapent ces institutions. Supranationalisme et multiculturalisme sont incompatibles avec la démocratie représentative et l’état de droit, car ils gomment le sentiment de loyauté et remettent en cause la souveraineté centralisée qui en constituent les prérequis. »

L’auteur commence par une première partie historique sur l’évolution de la féodalité, la souveraineté, l’Etat, les relations entre Etats.

La deuxième partie du livre concerne essentiellement les organisations supranationales et les décisions de justice supranationales, en montrant que la coopération entre les Etats a été remplacée par des organes non-nationaux et non-démocratiques dont les décisions s’imposent aux Etats. Cette partie a l’intérêt de présenter à la fois des arguments de principe, et de détailler quelques décisions de justice supranationales concrètes. L’auteur souligne notamment que toutes ces décisions supranationales sont prises par un nombre très limité de juges et de fonctionnaires, qui agissent sans aucun garde-fou, car ces garde-fou n’existent que dans des Etats-nations. L’auteur note quelques résistances à cette expansion du supranationalisme ; par exemple, les Etats-Unis n’ont pas ratifié le traité relatif à la CPI (cour pénale internationale), et, de plus, devant les dérives de la CPI permettant de poursuivre même des citoyens d’un Etat non-membre de la CPI, les Etats-Unis ont adopté en 2002 le « Hague Invasion Act » qui autorise le président américain à utiliser « l’ensemble des moyens nécessaires » pour libérer un ressortissant américain ou allié détenu à la demande de la CPI. Cette deuxième partie du livre est particulièrement intéressante pour tout lecteur non-spécialiste de la question qui voudrait avoir un aperçu des organes de décisions supranationaux et de leurs conséquences.

La troisième partie du livre vise enfin à montrer la nécessité des frontières, et de la cohésion nationale créée par la citoyenneté assumée, qui garantissent l’état de droit et un avenir commun.

En conclusion, on peut affirmer que Thierry Baudet nous a écrit un livre passionnant et utile, qui permet à chacun de développer sa propre réflexion dans ces domaines.

En certains endroits, on peut sentir que l’auteur, néerlandais, développe des conceptions à travers son prisme culturel néerlandais. C’est d’ailleurs aussi un des intérêts du livre.

S’agit-il d’un des effets de ce prisme néerlandais ? On peut être étonné par la défense par l’auteur de la notion de « nationalisme multiculturel » qu’il définit comme le défenseur ou le promoteur d’une « société diverse et pluraliste qui serait néanmoins maintenue par un noyau monoculturel ». Dans sa notion de « nationalisme multiculturel », l’auteur rejette expressément le « pluralisme juridique », qui consiste à juger différemment les individus en raison de leur ethnie, leur culture, leurs coutumes ou leur religion. Mais il approuve donc une certaine diversité, à condition donc qu’elle soit « maintenue par un noyau monoculturel ». L’auteur cite et reprend à son compte Harriet-Erica Baber1 : « Pour ce qui est des aspects superficiels et inoffensifs culturels – la nourriture, l’habillement, la musique et la danse, la langue, les loisirs ou les produits artisanaux-, plus il y en a, mieux c’est ». Mais cette position est problématique à au moins deux titres. D’abord comment définit-on le moment où la diversité et la pluralité deviennent telles que la société ne peut être maintenue par le « noyau monoculturel » ? Ensuite, il paraît très naïf de considérer comme « inoffensifs » la culture, l’habillement, la langue, la nourriture. Il n’est certes pas gênant qu’il existe un restaurant indien ou marocain par-ci par-là, que des Européens de fraîche date se cuisinent parfois chez eux un couscous ou des lukums ; mais lorsque des rues entières, des quartiers entiers sont couverts de kebabs et de magasins halal, quand les habitants ne s’habillent pas à l’européenne, quand çà ne parle plus français dans les rues, on peut être en droit de considérer çà comme une invasion, comme une occupation étrangère, et non pas comme des détails « superficiels et inoffensifs », voire même comme quelque chose de très positif, puisque « plus il y en a, mieux c’est » !

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1- Harriet-Erica Baber : « The multicultural mystique. The liberal case against diversity », 2008.

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