Les drapeaux de l’Eurovision

 

A l’occasion du concours Eurovision de la chanson de cette année, les organisateurs ont précisé leurs consignes1 sur les drapeaux pendant la cérémonie.

Les motivations données pour la mise en œuvre de cette politique sont de garantir la sécurité et le caractère apolitique de la cérémonie.

La directive donne d’abord les dimensions maximales des drapeaux.

Elle indique ensuite que sont interdites les bannières « qui contiendraient un message commercial, ou un message que les organisateurs considéreraient de nature offensante, discriminatoire, inappropriée, politique ou religieuse. »

Concernant les drapeaux, seuls sont autorisés les drapeaux officiels des pays participants et des Etats membres de l’ONU. Pourquoi pas ? Ceci dit, puisque les organisateurs trouvent important de réglementer la présence des drapeaux, on peut quand même alors se demander pourquoi des drapeaux algériens ou chinois seraient bienvenus dans la salle de l’Eurovision.

A ceux-là s’ajoute le drapeau de l’Union européenne. Pourquoi pas ?

Enfin, est autorisé « le drapeau arc-en-ciel, comme symbole de la tolérance et de la diversité ». C’est extravagant. Le seul drapeau autorisé ne représentant pas un territoire est donc le « drapeau » homosexuel. Parce qu’il ne serait pas politique ; parce que les organisateurs ont décidé que le « drapeau » homosexuel serait le symbole de la tolérance. Et les organisateurs considèrent qu’en écrivant cela, ils ne font pas de politique ; alors que le symbole d’un mouvement contraire à ce que représente ce « drapeau », comme par exemple un mouvement opposé à la légalisation de la polygamie, de la location d’utérus et de l’achat d’enfants, est donc interdit,et serait donc, si l’on suit le raisonnement des organisateurs, un symbole « politique », et contraire à la « tolérance » et à la « diversité ».

Ce procédé des organisateurs me paraît directement inspiré des régimes communistes et national-socialiste. Les communistes n’autorisaient que la faucille et le marteau, et l’étoile rouge, car ces symboles n’étaient pas partisans ; ces symboles représentaient le peuple, le progrès, la démocratie ; et tout autre symbole était donc factieux, et anti-démocratique. La croix gammée n’était pas un symbole partisan ; elle représentait la vraie Allemagne ; donc tout autre symbole était au mieux non-allemand, au pire anti-allemand. De même, au concours de l’Eurovision, les organisateurs imposent leur idéologie politique comme la seule autorisée, et interdisent toute expression non seulement contraire, mais aussi seulement différente, et cela au nom de la « tolérance » et de la « diversité » ; à la fois grotesque et inquiétant. Il faut quand même noter que les sanctions ne sont pas les mêmes ; un drapeau non-autorisé dans une réunion communiste ou nazie vous exposait à un séjour fort peu touristique dans un camp ; un drapeau non-autorisé à l’Eurovision vous expose juste à sa confiscation à l’entrée (et à sa non-restitution à la sortie), voire à « l’interdiction d’entrée dans la salle ». Mais si la différence dans l’échelle des sanctions est considérable, la similitude du raisonnement politique est incontestable.

Autre règle sur les bannières. Les messages dans une langue autre que l’anglais ou la langue du pays hôte (la Suède cette année) sont interdits. Tiens donc : voilà le français interdit ! Alors que le règlement2 du concours impose que le porte-parole de chaque pays annonce les résultats du vote de son pays en anglais ou en français, les bannières en français sont interdites dans la salle ! Pourquoi seulement l’anglais est-il autorisé ? Au-delà de cette scandaleuse interdiction du français au profit de l’anglais, on peut aussi se demander pourquoi toutes les langues européennes ne pourraient pas être affichées dans la salle ; pourquoi les spectateurs ne pourraient pas soutenir le candidat de leur pays avec un message dans la langue de leur pays. Pour des raisons de sécurité ? Parce que ce serait « politique » ? Parce que ce serait « offensant, discriminatoire, inappropriée, politique ou religieux » ? Parce que parler en français ou dans la langue de son pays serait une atteinte à la « tolérance » ou à la « diversité » ? Interdire des bannières en français en français, russe, néerlandais, espagnol ou estonien, au nom de la tolérance et de la diversité, çà aussi, çà vaut son pesant d’or….

Pour couronner le tout, le gestionnaire de la salle de concert qui hébergera la finale du concours a mis sur son site Internet un document des organisateurs de l’Eurovision, document retiré depuis, qui donnait des exemples de drapeaux interdits : aux côtés des symboles d’organisations terroristes, comme l’OLP ou Daesch, figuraient notamment les drapeaux corses et écossais. Certains Européens ont assez modérément apprécié ce voisinage imposé.

Une note ultérieure3 des organisateurs concède désormais une autorisation pour les drapeaux locaux et régionaux, comme par exemple le drapeau du pays de Galles, l’un des chanteurs britanniques étant d’origine galloise. La note réinsiste sur l’autorisation d’entrée dans la salle des « drapeaux » homosexuels ; décidément, les organisateurs y tiennent à ce « drapeau ». Les organisateurs acceptent aussi une « approche plus tolérante envers d’autres drapeaux, à condition que le public respecte le caractère non-politique du concours. »

Enfin, il semblerait que les organisateurs aient finalement demandé au public de ne pas brandir le « drapeau » homosexuel pendant la prestation du chanteur représentant la Russie : apparemment, la Russie est le seul pays d’Europe à ne pas le considérer comme un symbole apolitique.

1- ESC 2016 flag policy

2- « Eurovision operated by EBU : public rules of the 61st Eurovision song contest », paragraphe 1.1.3

3- Note du 6 mai 2016

 

 

Le Mur en chansons

 

Le mur de Berlin a inspiré quelques chansons.

Parmi les chanteurs du Mur, le plus important est évidemment Jean-Pax Méfret.

Certes, il faut d’abord citer « le soir du 9 novembre » (1999):

« C’était le soir du 9 novembre

Un peuple entier se libérait

Près de 40 ans à attendre

Pour passer de l’autre côté. »

Mais cette chanson n’est pas la meilleure de Jean-Pax Méfret sur le mur de Berlin. En revanche, deux autres de ses chansons sont les plus importantes de la discographie française sur le Mur: « Véronika » et « Professeur Muller ».

Véronika:

« Elle avait des cheveux blond fou, Véronika

Des yeux bleus tristes et un air doux, Véronika

A Berlin-Est, elle balayait les allées.

Elle a voulu s’évader.

Aujourd’hui, il ne reste rien de Véronika.

Un peu de terre, une petite croix de bois.

La rose rouge et l’œillet sont fânés

Près de ce mur droit,

Ce mur froid. »

Professeur Muller (1982):

« Derrière lui, le rideau de pierre,

Les miradors, les Vopos armés.

Les tilleuls ne forment plus la frontière;

Il y a un mur à Berlin, professeur Muller »

« Dans sa chambre, il oublie ses misères,

Sur son violon au bois usé.

Le vieil homme s’évade par la prière.

La nuit s’achève loin des barbelés »

Daniel Balavoine avait aussi interprété des chansons sur le mur de Berlin. Il avait sorti en 1977 un album: « les aventures de Simon et Guenther ». Les chansons racontent l’histoire de deux frères vivant à Berlin, de chaque côté du Mur; celui habitant Berlin-Est est tué lorsqu’il essaie de passer à l’Ouest. Chansons intéressantes, mais qui ne sont pas au niveau de celles de Jean-Pax Méfret, tant pour les paroles que pour la musique.

Mon pauvre Guenther (1977):

« C’est vrai, d’autres ont voulu s’envoler.

Je sais qu’ils ont été fusillés.

Mais j’aimerais mieux mourir libre,

Que mourir de vivre en prison. »

Lady Marlène (1977):

« A Berlin, tu sais, rien n’a changé.

C’est trop difficile de s’évader.

Les hommes en vert ont tiré. »

Pour terminer notre liste de chansons françaises, on citera enfin celle de Jean-Jacques Debout (accessoirement le mari de Chantal Goya) « Berlin » (1968):

« Qu’ils sont hauts les murs de Berlin,

Pour tous les enfants de Berlin.

Qu’ils sont hauts les murs qui s’élèvent,

Pour les enfants qui s’aiment. »

Dans la musique anglophone, on peut citer la chanson de David Bowie « heroes » (1977):

« I can remember

Standing by the wall

And the guards

Shout above our heads

And we kissed

As though nothing could fall

And the shame was on the other side

Oh we can beat them

For ever and ever

Then we can be heroes

Just for one day »

La même année, David Bowie sort une version française de sa chanson; on peut saluer l’effort de chanter en français, mais, artistiquement, la version anglaise est nettement préférable.

« Je me rappelle

Debout près du Mur,

Les gardes tirant

Au-delà de nous

Et je t’embrassais

Comme si rien ne tombait.

Et la honte était de l’autre côté.

Oh! Nous les vaincrons,

Nous les vaincrons à jamais

On pourra être héros

Pour juste une journée. »

David Bowie: "Heroes" en version française

 

Pour conclure, Pierre Bachelet avait en 1985 chanté « le no man’s land » (musique: Pierre Bachelet; paroles: Jean-Pierre Lang); cette superbe chanson ne parlait pas de Berlin, mais du rideau de fer en général.

« J’ai tenté de passer, cinquante mètres à faire.

J’ai entendu tirer, je suis tombé par terre.

J’ai la vie qui s’enfuit au milieu de ma chemise.

Mais que c’est beau la vie, même s’il y a des surprises.

Je regarde les nuages, j’aimerais être comme eux.

On ne tire pas au passage les flocons du ciel bleu.

Etendu sur le dos, je regarde une dernière fois.

Mais que le monde est beau, est beau autour de moi.

Et le soleil se levait

Sur le no man’s land. »