Mode de scrutin allemand

Les élections législatives allemandes sont organisées au scrutin proportionnel, mais selon un procédé que nous n’utilisons pas en France.

Les électeurs disposent de deux voix. La première voix sert à élire un député dans leur circonscription, au scrutin majoritaire uninominal à un tour (« mandat direct ») ; la seconde est donnée à une liste dans la région.

En théorie, l’assemblée allemande, le Bundestag, est composée de 598 députés : 299 élus pour chacune des deux voix.

Sont d’abord désignés les 299 députés du scrutin uninominal, élus avec la première voix. Puis les 299 autres sont désignés en complément, pour faire en sorte que le nombre de députés total de chaque parti corresponde à la proportion donnée par la deuxième voix.

Si tout se passe bien, le Bundestag est donc composé de 598 députés.

Mais le problème se pose quand un parti obtient avec la première voix plus de sièges que ceux auxquels il aurait théoriquement droit en comptabilisant les deuxièmes voix. Dans ce cas, les élus en trop ne sont pas supprimés ; on ajoute des députés aux autres partis pour respecter la proportionnalité des suffrages de la deuxième voix.

Prenons un exemple fictif simplifié pour expliquer et illustrer. Imaginons une assemblée composée de 100 élus (50 pour chaque voix).

Cas n°1 : un parti obtient 6 sièges avec la première voix, et 10% avec la deuxième voix. Il aura 10 élus : les 6 élus avec la première voix, et 4 autres sur les listes. Ainsi, ayant obtenu 10% des voix avec la deuxième voix, il a 10 élus à l’assemblée (10% des 100 sièges).

Cas n°2 : un parti obtient 15 élus avec la première voix, et 10% avec la deuxième voix. Comme il devrait avoir un total de 10 élus, il a donc 5 élus en trop. Il conserve ses 15 élus. Pour rétablir la proportion, il faut que le nombre total d’élus soit monté de 100 à 150. Ainsi, avec 15 élus sur 150, ce parti a bien 10% des sièges. Le nombre d’élus de l’assemblée a donc été augmenté de 50 : 5 déjà attribués à ce parti ; les 45 autres seront répartis proportionnellement entre ses concurrents.

Dans la réalité, la répartition des sièges s’établit évidemment selon un calcul plus compliqué, et légèrement différent (notamment parce que les listes sont régionales, et non pas nationales), mais le principe global est celui-là.

Le tableau ci-après indique le nombre de députés du Bundestag à l’issue des 5 dernières élections législatives.

Années

Sièges

2002

603

2005

614

2009

622

2013

631

2017

709

Les scrutins régionaux sont organisés en utilisant le même mode de scrutin, parfois adapté, dans la plupart des régions.

Par exemple, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’assemblée régionale est en théorie composée de 181 membres, dont 128 en mandat direct.

Le tableau ci-après indique le nombre de membres de l’assemblée régionale de Rhénanie-du-Nord-Westphalie à l’issue des 4 dernières élections.

Années

Sièges

2005

187

2010

181

2012

237

2017

199

C’est la raison pour laquelle, lorsque je compare les résultats entre plusieurs années, pour les élections allemandes, législatives ou régionales, je ne compare pas l’évolution du nombre de sièges des différents partis. Cela n’aurait aucune pertinence, étant donné que le nombre de sièges total de l’assemblée concernée est fluctuant. Je préfère comparer les pourcentages obtenus par les partis avec la deuxième voix ; il me semble qu’il s’agit du chiffre le plus significatif1. Parce qu’il donne le résultat du parti dans le vote populaire ; parce qu’il donne plus ou moins le pourcentage d’élus du parti dans l’assemblée, le scrutin étant proportionnel.

.

1- Voir par exemple chronique du 12 juin 2017 : « Derniers tests en Allemagne ».

Quelle coalition pour la RFA ?

Angela Merkel a effectué trois mandats à la chancellerie allemande.

Le premier, de 2005 à 2009, à la tête d’une « grande coalition » entre les chrétiens-démocrates de la CDU et de la CSU, et les sociaux-démocrates du SPD.

Le deuxième, de 2009 à 2013, à la tête d’une coalition entre les chrétiens-démocrates et le FDP, conséquence d’un effondrement du SPD (23% en 2009, contre 34,2% en 2005) et d’un progrès du FDP (14,6% en 2009, contre 9,8% en 2005).

Le troisième, de 2013 à 2017, à nouveau à la tête de la « grande coalition », suite à la disparition du FDP du Bundestag en 2013.

Le Bundestag élu en 2017 compte 709 députés ; la majorité se situe donc à 355 députés.

La répartition des députés s’établit comme suit :

Partis

Sièges

CDU

200

CSU

46

SPD

153

AFD

94

FDP

80

Die Linke

69

Verts

67

Le SPD ne souhaitait pas reconduire la « grande coalition ». Après les élections, Angela Merkel a engagé des négociations entre la CDU, la CSU, le FDP et les Verts. Après l’échec de ces pourparlers, le SPD vient finalement d’accepter de discuter avec Angela Merkel. Sans garantie de succès……

Angela Merkel paie l’addition

Après avoir pris ces dernières années deux décisions considérées comme des trahisons par certains de ses électeurs (importation en un an de plus d’un million de musulmans et légalisation du mariage homosexuel), Angela Merkel semble en avoir payé le prix lors des élections législatives du 24 septembre 2017.

L’alliance CDU/CSU dirigée par Angela Merkel arrive certes en première position, avec 33% des voix, et arrive en tête dans 231 des 299 circonscriptions. Mais Angela Merkel est en très nette baisse par rapport à son score aux précédentes élections législatives de 2013, où elle était arrivée en tête avec 41,5% des voix.

Le score de la CDU seule s’établit à 26,8% en 2017, contre 34,1% en 2013. Elle est en-dessous de ses mauvais scores de 2005 (27,8%) et 2009 (27,3%). Il n’y a qu’une seule fois où la CDU a fait un plus mauvais score qu’en 2017 ; c’est aux premières élections de la RFA, en 1949 (25,2%).

La CSU, comme d’habitude, ne présentait des candidats qu’en Bavière. Elle y obtient cette année 38,8% des voix, contre 49,3% en 2013. Le seul plus mauvais score était pour elle aussi en 1949 (29,2%). C’est un score très décevant, pour un parti qui, aux législatives en Bavière, a culminé à 60% en 1976, et obtenait 58,6% en 2002 ; et une source d’inquiétude probablement, des élections régionales en Bavière étant prévues pour 2018.

Le SPD conserve sa place de deuxième parti du pays avec 20,5% des voix, contre 25,7% en 2013. C’est le plus mauvais résultat du SPD aux législatives de l’histoire de la RFA.

Le parti d’extrême-gauche Die Linke reste stable, avec 9,2% des voix, contre 8,6% en 2013. De même que les Verts, avec 8,9%, contre 8,4% en 2013.

Les deux partis en nette progression sont le FDP et l’AFD.

Le FDP réussit son retour au Bundestag. En 2013, il s’était effondré. Alors qu’aux législatives de 2009, il obtenait 14,6% des voix, il n’en obtenait en 2013 que 4,8%. Pour la première fois de l’histoire de la RFA, il passait sous la barre des 5%, et n’obtenait donc aucun siège au Bundestag. En 2017, avec 10,7%, il obtient donc à nouveau des députés.

De son côté, l’AFD, après avoir manqué de peu son entrée au Bundestag en 2013 avec 4,7% des voix, y parvient cette année en obtenant 12,6%. L’AFD est devenu le troisième parti allemand, après la CDU et le SPD.

Derniers tests en Allemagne

Trois élections régionales ont eu lieu en Allemagne pendant ce premier semestre 2017 : le 26 mars en Sarre, le 7 mai au Schleswig-Holstein et le 14 mai en Rhénanie du Nord-Westphalie. La Rhénanie du Nord-Westphalie est la région la plus peuplée d’Allemagne (presque un quart de la population allemande). C’était les dernières échéances électorales avant les élections législatives de septembre 2017.

La CDU a nettement progressé dans ces trois élections.

2012

2017

Sarre

35,20%

40,70%

Schleswig-Holstein

30,80%

32,00%

Rhénanie du Nord-Westphalie

26,30%

32,95%

Il en est de même pour le FDP. Dans la Sarre, il n’arrive néanmoins pas à atteindre le seuil de 5% et n’a donc pas d’élus. Aux élections législatives allemandes de 2013, le FDP, avec 4,8% des voix, n’a pas obtenu de députés ; la hausse du FDP dans les élections régionales récentes rend probable un score national supérieur à 5%, et donc son retour en septembre au parlement, où il s’alliera sans doute à la CDU.

2012

2017

Sarre

1,20%

3,26%

Schleswig-Holstein

8,20%

11,50%

Rhénanie du Nord-Westphalie

8,60%

12,55%

En revanche, le SDP baisse fortement.

2012

2017

Sarre

30,60%

29,61%

Schleswig-Holstein

30,40%

27,30%

Rhénanie du Nord-Westphalie

39,10%

31,21%

L’AFD, présente pour la première fois dans ces élections, entre dans ces trois assemblées, en obtenant plus de 5% des voix (6,18% dans la Sarre, 5,9% dans le Schleswig-Holstein et 7,38% en Rhénanie du Nord-Westphalie). Ses scores dans ces trois régions de l’ouest de l’Allemagne sont nettement inférieurs à ceux précédemment obtenus dans des élections régionales dans l’Allemagne orientale1. Mais en réussissant partout à dépasser les 5%, l’AFD confirme la très forte probabilité de son entrée au Bundestag en septembre prochain.

Enfin, ces trois élections confirment la disparition du parti des pirates.

2012

2017

Sarre

7,40%

0,75%

Schleswig-Holstein

8,20%

1,20%

Rhénanie du Nord-Westphalie

7,80%

0,95%

.

1- Voir chronique du 20 septembre 2016 : « Camouflets pour la chancelière ».

Camouflets pour la chancelière

 

Les élections régionales du 4 septembre 2016 dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, et du 18 septembre 2016 à Berlin, ont permis à l’AFD1 d’entrer en force dans ces deux assemblées régionales.

Ces deux scrutins ont vu la participation grimper par rapport à la précédente élection de 2011 : 61,9% dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (51,5% en 2011) et 66,9% à Berlin (62% en 2011).

L’AFD, absente du précédent scrutin, a obtenu 20,8% des voix dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, devançant la CDU de la chancelière Angela Merkel. L’AFD a obtenu 14,2% à Berlin. Dans la capitale allemande, l’AFD obtient ses meilleurs scores dans l’ancien Berlin-Est (29% à Marzahn-Hellersdorf-1 et 28,5% à Marzahn-Hellersdorf-3).

Dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, les autres partis politiques ont baissé par rapport à 2011 ; le SPD obtient 30,6% (35,6% en 2011), la CDU 19%  (23% en 2011), Die Linke 13,2% (18,4% en 2011), les Verts 4,8% (8,7% en 2011),  le NPD 3% (6% en 2011). Les Verts et le NPD, passant au-dessous de la barre des 5%, ne sont plus représentés dans l’assemblée régionale.

A Berlin, le SPD, la CDU, les Verts et le Parti des Pirates ont baissé par rapport à 2011 ; le SPD obtient 21,6% (28,3% en 2011), la CDU 17,6% (23,3% en 2011), les Verts 15,2% (17,6% en 2011) et le Parti des Pirates 1,7% (8,9% en 2011) ;  le Parti des Pirates, créé en 2006 pour défendre la liberté totale sur Internet, la légalisation des drogues et l’immigration sans limites, disparaît de l’assemblée régionale, en raison de son score inférieur à 5%. En revanche, deux autres partis sont en progression : Die Linke obtient 15,6% (11,7% en 2011) et le FDP 6,7% (1,8% en 2011) ; le FDP, qui avait été éjecté de l’assemblée régionale en 2011, y revient donc en 2016.

Au premier semestre 2017, 3 autres élections régionales seront organisées en Allemagne : dans la Sarre (26 mars), dans le Schleswig-Holstein (7 mai) et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (14 mai). Dans ces trois élections, l’AFD semble en mesure de remporter des élus, sans doute avec un score autour de 10% dans chacune de ces régions. Au second semestre 2017, les élections législatives allemandes pourraient enfin donner des députés à l’AFD ; aux précédentes élections, en 2013, l’AFD avait raté de peu la barre des 5% nécessaires pour obtenir des députés (4,7%).

.

1- Voir chronique du 20 mars 2016 : « Recomposition allemande? »

 

 

Recomposition allemande?

Après la seconde guerre mondiale, la politique allemande a d’abord été principalement organisée autour de trois partis politiques: la CDU, le SPD et le FDP.

La CDU1 (union chrétienne-démocrate d’Allemagne) est le parti de droite allemand, dont les débuts ont été très marqués par l’anticommunisme, dans un contexte où le pays était divisé en deux, et où l’Allemagne de l’Est était sous le joug d’un régime communiste.

La CDU a donné 5 chanceliers à L’Allemagne depuis la création de la RFA2: Konrad Adenauer (1949-1963), Ludwig Erhard (1963-1966), Kurt Kiesinger (1966-1969), Helmut Kohl (1982-1998) et Angela Merkel (depuis 2005).

La CSU3 (union chrétienne-sociale) est un parti régional un peu plus à droite que la CDU. La CDU et la CSU sont alliées en permanence. La CDU ne présente jamais de candidats en Bavière. A une exception (élections régionales de 1957 en Sarre), la CSU ne présente des candidats qu’en Bavière. La CSU est particulièrement bien implantée en Bavière; aux dernières élections régionales bavaroises, la CSU a obtenu 47,7% des voix, et a formé une coalition régionale avec le FDP. Les meilleurs scores de la CSU aux élections régionales bavaroises ont été en 1974 (62,1%) et 2003 (60,7%).

CSU

Le SPD4 (parti social-démocrate d’Allemagne) existait avant la seconde guerre mondiale. Après la fin de la guerre, le SPD se reconstitue. En Allemagne de l’Est, sous la pression des Soviétiques, le SPD fusionne avec le parti communiste pour former le SED5 (Parti socialiste unifié d’Allemagne); en RFA, le SPD refuse la proposition de fusion faite par le parti communiste en 1949. En 1959, au congrès de Bad Godesberg, le SPD abandonne le marxisme, dénonce le communisme et reconnaît l’économie de marché.

3 membres du SPD ont été chanceliers depuis la fin de la seconde guerre mondiale: Willy Brandt (1969-1974), Helmut Schmidt (1974-1982) et Gerhard Schroeder (1998-2005).

La CDU et le SPD ont parfois formé une « grande coalition » pour gouverner l’Allemagne: entre 1966 et 1969, de 2005 à 2009, et depuis 2013. Des gouvernements de grande coalition sont aussi parfois mis en place dans les Etats régionaux allemands, les Lands. Ainsi en Thuringe de 2009 à 2014, en Mecklembourg-Poméranie-occidentale depuis 2006, en Saxe-Anhalt depuis 2006, à Berlin depuis 2011, en Sarre depuis 2012 et en Saxe depuis 2014.

Le FDP6 (parti libéral-démocrate d’Allemagne) est un parti de centre-droit, qui s’allie d’abord avec la CDU. En 1966, il quitte la coalition avec la CDU, et forme une coalition avec le SPD en 1969. En 1982, il rompt la coalition avec le SPD, ce qui fait tomber le chancelier social-démocrate Helmut Schmidt; le chrétien-démocrate Helmut Kohl devient chancelier; ce changement de majorité s’effectue sans élection, juste à cause du changement d’allié du FDP. Cette manœuvre, qui peut être considérée comme une trahison, car survenant en cours de législature, coûte cependant cher au FDP dans la suite de l’année 1982; aux élections régionales en Bavière, en Hesse et à Hambourg, il passe au-dessous du seuil des 5% nécessaires pour obtenir des élus, et disparaît des assemblées de ces trois régions. Aux élections législatives de l’année suivante, le 6 mars 1983, les électeurs donnent néanmoins la majorité à la coalition CDU/FDP, confirmant la position d’Helmut Kohl à la chancellerie. Dès lors, le FDP reste ancré à droite. En 2009, le FDP obtient son meilleur score à une élection législative (14,6% des voix et 93 députés sur 622). Aux élections législatives suivantes, le FDP s’effondre et passe à 4,76% des voix, et disparaît donc du parlement fédéral en 2013.

Les Verts (« die Grünen »), parti créé en 1980, entrent au parlement fédéral en 1983. Ils deviennent le quatrième parti important de la RFA. Ils s’allient au SPD. Ancrés à l’extrême-gauche, partisans du désarmement de l’Occident alors que les Soviétiques déployaient leurs missiles en Europe de l’Est, les Verts ont été surnommés le « parti pastèque »: vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur.

Après la réunification allemande, un cinquième parti s’installe de manière durable dans le paysage politique de la RFA. Le SED, parti de la dictature communiste en Allemagne de l’Est, change de nom et devient le PDS7 (parti du socialisme démocratique). En 2005, il s’allie avec un groupe de dissidents de gauche du SPD, et fusionne en 2007 avec lui pour former « Die Linke »8. Ce parti obtient 11,9% des voix aux élections législatives en 2009 et 8,6% en 2013. Die Linke est nettement plus fort dans l’ancienne Allemagne de l’Est que dans celle de l’Ouest. Ainsi, aux élections régionales, il obtient parfois des scores confidentiels à l’Ouest (2,1% en 2013 en Bavière, 2,2% en 2012 au Schleswig-Holstein, 2,8% en 2016 en Rhénanie-Palatinat, 2,9% en 2016 dans le Bade-Wurtemberg, 8,5% en 2015 à Hambourg, 9,5% en 2015 à Brême), et bien plus importants à l’Est (18,6% en 2014 dans le Brandebourg, 28,1% en 2014 en Thuringe); Die Linke est en coalition avec le SPD dans le Brandebourg, dont le président est membre du SPD, et a conquis la présidence de la Thuringe, avec le soutien du SPD et des Verts.

Face à ces 5 principaux partis, la droite nationale n’a pas réussi à s’implanter de manière durable et conséquente. Peut-être parce que la société allemande est plus « centriste ». Sans doute parce que la CSU, alliée à la CDU, mais plus à droite que la CDU, a capté une partie des partisans de la droite nationale. Sans doute, parce qu’elle a toujours été divisée entre différents partis et groupuscules, ce qui l’a empêchée d’obtenir un score important, notamment 5% dans les élections législatives nationales. Les différents partis ont parfois obtenu des scores conséquents, mais jamais de manière durable, ni sur l’ensemble du pays. Les élections de 2015 et 2016 sont peut-être en train de changer la donne.

Le NPD9 (parti national-démocrate d’Allemagne) a été fondé en 1964. Il n’a jamais réussi à dépasser 5% pour les élections législatives; son plus fort score national a été atteint aux élections législatives de 1969 (4,3%). De 1972 à 2002, il obtient toujours moins de 0,7%. De 2005 à 2013, il obtient entre 1,3 et 1,6%. Il a été présent récemment dans deux assemblées régionales: le Meckembourg-Poméranie occidentale (7,3% et 6 élus en 2006; 6% et 5 élus en 2011) et la Saxe (9,2% et 12 élus en 2004; 5,6% et 8 élus en 2009; 4,95% et aucun élu en 2014).

La DVU10 (union populaire allemande) est fondée en 1971 par un ancien membre du NPD. La DVU fusionne avec le NPD en 2010.

Les Republikaner (républicains) sont fondés en 1983 par deux anciens députés de la CSU; ils sont présidés à partir de 1985 par Franz Schönhuber. Ils obtiennent leur plus grand succès électoral en 1989, aux élections européennes: 7,1% et 6 députés, qui siègent au parlement européen au sein du groupe GTDE11, présidé par Jean-Marie Le Pen. Le parti périclite après cette élection.

REP

Des mouvements régionaux voient aussi le jour: les mouvements PRO. Le mouvement Pro-Köln (« pour Cologne ») est créé en 1996 contre l’islamisation de la ville. Il obtient quelques sièges aux élections municipales de Cologne en 2004 et 2009, mais ne réussit pas à se maintenir en 2014. Le mouvement pro-NRW12 présente des candidats aux élections municipales dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et obtient entre 2% et 6% des voix suivant les villes.

Tous ces mouvements ne sont pas parvenus à émerger de manière durable. Deux nouveaux venus semblent être désormais en mesure de peser davantage: PEGIDA et l’AFD.

Le mouvement PEGIDA13 (Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident) a été lancé en octobre 2014. Il s’est renforcé en organisant les « manifestations du lundi soir » dans diverses villes d’Allemagne. Le mouvement reprend le procédé des manifestations du soir organisées par l’opposition au régime communiste en Allemagne de l’Est en 1989 et 1990; il en reprend aussi le slogan: « Wir sind das Volk14« 

Le loge de PEGIDA est un bonhomme stylisé, jetant à la poubelle une croix gammée, un drapeau communiste, le logo du mouvement d’extrême-gauche « Antifas » et le drapeau de l’Etat islamique.

PEGIDA

L’AFD15 (alternative pour l’Allemagne) a été créée le 6 février 2013. Initialement, le programme de ce parti est surtout économique: il prône la sortie de la monnaie unique européenne. Puis il s’oriente sur des positions contre l’immigration massive et l’islamisation que subit l’Allemagne, notamment avec l’élection de Frauke Petry à sa présidence en juillet 2015.

 AFD

En septembre 2013, l’AFD crée la surprise aux élections législatives en obtenant 4,7% des voix, ratant de peu la barre des 5%. La même année, elle ne peut entrer à l’assemblée du Land de Hesse, obtenant quand même 4% des voix à ces élections régionales.

En 2014, l’AFD commence à engranger les succès. Aux élections européennes de juin 2014, elle obtient 7% des voix et 7 députés. Aux élections régionales, elle obtient 12,16% dans le Brandebourg (11 élus), 10,57% en Thuringe (11 élus) et 9,74% en Saxe (14 élus). Le bon score de l’AFD en Saxe a sans doute pour conséquence la disparition du NPD de l’assemblée de Saxe (voir supra).

En 2015, l’AFD entre dans deux nouvelles assemblées régionales: à Brême (5,5% des voix et 5 élus) et à Hambourg (6,1% et 8 élus).

Le 5 juillet 2015, c’est un membre du FDP qui devient maire de Dresde avec le soutien de la CDU, de l’AFD et de PEGIDA. Au premier tour de l’élection, le 7 juin 2015, PEGIDA avait obtenu 9,6% des voix et l’AFD 4,8%.

En 2016, l’AFD passe à la vitesse supérieure, dans un contexte où la chancelière allemande Angela Merkel a fait entrer en Allemagne plus d’un million d’immigrés en 2015.

Le 6 mars 2016, lors des élections municipales dans le land de Hesse, l’AFD a obtenu 13,2% des voix, avec des pointes dans certaines petites communes (22,3% à Bad-Karlshafen, 19,6% à Dietzenbach, 17,4% à Bensheim) et même 15,9% à Wiesbaden. Lorsque l’AFD ne présentait pas de candidats, le NPD est en progression; le NPD obtient 17,3% des voix dans la commune de Leun (5,2% aux élections municipales de 2011), 14,2% à Büdingen (2,2%  en 2011), 12,3% à Altenstadt (1,2% en 2011). Idem pour les Republikaner qui obtiennent 12,4% à Hanau (4,2% en 2011), 9,8% à Ebersburg (pas de liste en 2011) et 8,7% à Fulda (1,8% en 2011).

Le 13 mars 2016, l’AFD entre dans 3 nouveaux parlements régionaux, en obtenant des scores importants: Bade-Wurtemberg (15,1% et 23 élus), Rhénanie-Palatinat (12,57% et 14 élus) et Saxe-Anhalt (24,21% et 24 élus). En Saxe-Anhalt, l’AFD arrive en deuxième position, derrière la CDU.

En 2017, les Allemands voteront pour leurs élections législatives. Le résultat de l’AFD sera un des principaux enjeux de l’élection.

1- CDU: Christlisch Demokratische Union Deutschlands

2- RFA: République Fédérale d’Allemagne

3- CSU: Christlich Soziale Union

4- SPD: Sozialdemokratische Partei Deutschlands

5- SED: Sozialistische Einheitspartei Deutschlands

6- FDP: Freie Demokratische Partei

7- PDS: Partei des demokratischen Sozialismus

8- Die Linke: « la gauche »

9- NPD: Nationaldemokratische Partei Deutschlands

10- DVU: Deutsche Volksunion

11- GTDE: Groupe Technique des Droites Européennes

12- Bürgerbewegung pro NRW: mouvement populaire pour la Rhénanie-du-Nord-Westphalie

13- PEGIDA: Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes

14- Nous sommes le peuple.

15- AFD: Alternative für Deutschland