Joyeux Noël

Joyeux Noël à tous.

2017 est en train de se terminer.

Durant cette année, mes chroniques ont été assez irrégulières. Pour ma défense, l’organisation de mon déménagement de Roubaix vers la Provence a diminué mon rythme de publication ; mais rassurez vous : il y aura un autre prétexte pour l’année prochaine…..

Mais je note quand même au fur et à mesure des semaines une chose et l’autre dont je souhaite parler un jour. Le jour viendra donc, même si ce sera des années plus tard…..

En attendant, en cette fête de Noël, éteignez vos appareils électroniques pour quelques jours…..

Alliance OVP/FPO

Comme attendu, l’OVP et le FPO sont parvenus à un accord de coalition.

Pour la troisième fois de son histoire, le FPO entre au gouvernement : il était auparavant allié aux sociaux-démocrates de 1983 à 1986, puis aux conservateurs de 2000 à 2005 ; de 2005 à 2006, après la scission du FPO et la création du BZO, les 3 ministres FPO restaient au gouvernement sous l’étiquette BZO.

Dans le nouveau gouvernement autrichien dirigé par le conservateur Sebastian Kurz, le FPO obtient six ministères, et non des moindres : le président du parti, Heinz-Christian Strache devient vice-chancelier ; le vice-président de l’assemblée et ancien candidat à l’élection présidentielle Norbert Hofer devient ministre des Transports ; les ministères de la Santé, de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères reviennent aussi au FPO, le ministère des Affaires étrangères étant une personnalité non-membre du FPO proposée à ce poste par le FPO.

Mode de scrutin allemand

Les élections législatives allemandes sont organisées au scrutin proportionnel, mais selon un procédé que nous n’utilisons pas en France.

Les électeurs disposent de deux voix. La première voix sert à élire un député dans leur circonscription, au scrutin majoritaire uninominal à un tour (« mandat direct ») ; la seconde est donnée à une liste dans la région.

En théorie, l’assemblée allemande, le Bundestag, est composée de 598 députés : 299 élus pour chacune des deux voix.

Sont d’abord désignés les 299 députés du scrutin uninominal, élus avec la première voix. Puis les 299 autres sont désignés en complément, pour faire en sorte que le nombre de députés total de chaque parti corresponde à la proportion donnée par la deuxième voix.

Si tout se passe bien, le Bundestag est donc composé de 598 députés.

Mais le problème se pose quand un parti obtient avec la première voix plus de sièges que ceux auxquels il aurait théoriquement droit en comptabilisant les deuxièmes voix. Dans ce cas, les élus en trop ne sont pas supprimés ; on ajoute des députés aux autres partis pour respecter la proportionnalité des suffrages de la deuxième voix.

Prenons un exemple fictif simplifié pour expliquer et illustrer. Imaginons une assemblée composée de 100 élus (50 pour chaque voix).

Cas n°1 : un parti obtient 6 sièges avec la première voix, et 10% avec la deuxième voix. Il aura 10 élus : les 6 élus avec la première voix, et 4 autres sur les listes. Ainsi, ayant obtenu 10% des voix avec la deuxième voix, il a 10 élus à l’assemblée (10% des 100 sièges).

Cas n°2 : un parti obtient 15 élus avec la première voix, et 10% avec la deuxième voix. Comme il devrait avoir un total de 10 élus, il a donc 5 élus en trop. Il conserve ses 15 élus. Pour rétablir la proportion, il faut que le nombre total d’élus soit monté de 100 à 150. Ainsi, avec 15 élus sur 150, ce parti a bien 10% des sièges. Le nombre d’élus de l’assemblée a donc été augmenté de 50 : 5 déjà attribués à ce parti ; les 45 autres seront répartis proportionnellement entre ses concurrents.

Dans la réalité, la répartition des sièges s’établit évidemment selon un calcul plus compliqué, et légèrement différent (notamment parce que les listes sont régionales, et non pas nationales), mais le principe global est celui-là.

Le tableau ci-après indique le nombre de députés du Bundestag à l’issue des 5 dernières élections législatives.

Années

Sièges

2002

603

2005

614

2009

622

2013

631

2017

709

Les scrutins régionaux sont organisés en utilisant le même mode de scrutin, parfois adapté, dans la plupart des régions.

Par exemple, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’assemblée régionale est en théorie composée de 181 membres, dont 128 en mandat direct.

Le tableau ci-après indique le nombre de membres de l’assemblée régionale de Rhénanie-du-Nord-Westphalie à l’issue des 4 dernières élections.

Années

Sièges

2005

187

2010

181

2012

237

2017

199

C’est la raison pour laquelle, lorsque je compare les résultats entre plusieurs années, pour les élections allemandes, législatives ou régionales, je ne compare pas l’évolution du nombre de sièges des différents partis. Cela n’aurait aucune pertinence, étant donné que le nombre de sièges total de l’assemblée concernée est fluctuant. Je préfère comparer les pourcentages obtenus par les partis avec la deuxième voix ; il me semble qu’il s’agit du chiffre le plus significatif1. Parce qu’il donne le résultat du parti dans le vote populaire ; parce qu’il donne plus ou moins le pourcentage d’élus du parti dans l’assemblée, le scrutin étant proportionnel.

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1- Voir par exemple chronique du 12 juin 2017 : « Derniers tests en Allemagne ».

Quelle coalition pour la RFA ?

Angela Merkel a effectué trois mandats à la chancellerie allemande.

Le premier, de 2005 à 2009, à la tête d’une « grande coalition » entre les chrétiens-démocrates de la CDU et de la CSU, et les sociaux-démocrates du SPD.

Le deuxième, de 2009 à 2013, à la tête d’une coalition entre les chrétiens-démocrates et le FDP, conséquence d’un effondrement du SPD (23% en 2009, contre 34,2% en 2005) et d’un progrès du FDP (14,6% en 2009, contre 9,8% en 2005).

Le troisième, de 2013 à 2017, à nouveau à la tête de la « grande coalition », suite à la disparition du FDP du Bundestag en 2013.

Le Bundestag élu en 2017 compte 709 députés ; la majorité se situe donc à 355 députés.

La répartition des députés s’établit comme suit :

Partis

Sièges

CDU

200

CSU

46

SPD

153

AFD

94

FDP

80

Die Linke

69

Verts

67

Le SPD ne souhaitait pas reconduire la « grande coalition ». Après les élections, Angela Merkel a engagé des négociations entre la CDU, la CSU, le FDP et les Verts. Après l’échec de ces pourparlers, le SPD vient finalement d’accepter de discuter avec Angela Merkel. Sans garantie de succès……

Angela Merkel paie l’addition

Après avoir pris ces dernières années deux décisions considérées comme des trahisons par certains de ses électeurs (importation en un an de plus d’un million de musulmans et légalisation du mariage homosexuel), Angela Merkel semble en avoir payé le prix lors des élections législatives du 24 septembre 2017.

L’alliance CDU/CSU dirigée par Angela Merkel arrive certes en première position, avec 33% des voix, et arrive en tête dans 231 des 299 circonscriptions. Mais Angela Merkel est en très nette baisse par rapport à son score aux précédentes élections législatives de 2013, où elle était arrivée en tête avec 41,5% des voix.

Le score de la CDU seule s’établit à 26,8% en 2017, contre 34,1% en 2013. Elle est en-dessous de ses mauvais scores de 2005 (27,8%) et 2009 (27,3%). Il n’y a qu’une seule fois où la CDU a fait un plus mauvais score qu’en 2017 ; c’est aux premières élections de la RFA, en 1949 (25,2%).

La CSU, comme d’habitude, ne présentait des candidats qu’en Bavière. Elle y obtient cette année 38,8% des voix, contre 49,3% en 2013. Le seul plus mauvais score était pour elle aussi en 1949 (29,2%). C’est un score très décevant, pour un parti qui, aux législatives en Bavière, a culminé à 60% en 1976, et obtenait 58,6% en 2002 ; et une source d’inquiétude probablement, des élections régionales en Bavière étant prévues pour 2018.

Le SPD conserve sa place de deuxième parti du pays avec 20,5% des voix, contre 25,7% en 2013. C’est le plus mauvais résultat du SPD aux législatives de l’histoire de la RFA.

Le parti d’extrême-gauche Die Linke reste stable, avec 9,2% des voix, contre 8,6% en 2013. De même que les Verts, avec 8,9%, contre 8,4% en 2013.

Les deux partis en nette progression sont le FDP et l’AFD.

Le FDP réussit son retour au Bundestag. En 2013, il s’était effondré. Alors qu’aux législatives de 2009, il obtenait 14,6% des voix, il n’en obtenait en 2013 que 4,8%. Pour la première fois de l’histoire de la RFA, il passait sous la barre des 5%, et n’obtenait donc aucun siège au Bundestag. En 2017, avec 10,7%, il obtient donc à nouveau des députés.

De son côté, l’AFD, après avoir manqué de peu son entrée au Bundestag en 2013 avec 4,7% des voix, y parvient cette année en obtenant 12,6%. L’AFD est devenu le troisième parti allemand, après la CDU et le SPD.

Un marteau pour la bibliothèque

Depuis quelques mois, j’ai pu constater la présence d’agents de sécurité à la bibliothèque municipale de Roubaix.

Le quotidien régional la Voix du Nord peut aider à comprendre ce déploiement. « Depuis plusieurs mois, c’est de toute évidence devenu un point de convergence pour des jeunes, qui en dehors des heures de classe n’ont pas pour but de consulter des ouvrages », explique le quotidien1, qui raconte que le 22 mars après-midi, la police municipale a confisqué dans la bibliothèque un marteau qui allait servir à des « jeunes » pour régler des comptes dans le bâtiment.

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1- Marc Grosclaude : « L’altercation entre jeunes à la médiathèque allait se jouer à coups de marteau », la Voix du Nord, 23 mars 2017.

De la convivialité dans les bibliothèques

Cette décennie, j’ai fréquenté la bibliothèque municipale de Roubaix ; pendant un an, j’ai aussi eu l’occasion de me rendre à celle de Versailles.

Les deux bibliothèques n’offrent pas les mêmes conditions.

Pas du point de vue matériel ; ces deux institutions ont une surface importante, et un catalogue très conséquent.

En revanche, pour les conditions de travail, c’est très différent.

Un exemple très simple pour comparer. Lorsque je lis un journal ou une revue, si je trouve un article intéressant, j’en prends parfois une photographie numérique pour le relire ou l’exploiter chez moi ultérieurement. Quand on utilise un appareil photographique, çà fait toujours un peu de bruit. A Versailles, la bibliothèque fermait le samedi à 18h00. Une dizaine de minutes avant, une musique d’ambiance était diffusée, afin de prévenir en douceur qu’il était temps de se préparer à partir, de faire enregistrer à l’accueil les ouvrages que l’on souhaite emprunter. Ce n’est qu’à partir du début de cette musique que j’osais photographier ; le reste du temps, j’aurais eu l’impression de déranger les autres usagers. A Roubaix, pas de tel scrupule ! Le bruit est tellement important dans la bibliothèque, que je peux utiliser mon appareil photographique n’importe quand, sans que cela ne se remarque.

Une caractéristique de la bibliothèque municipale de Roubaix est que l’on y vient pour beaucoup d’autres choses que pour lire, contrairement à Versailles. Les « jeunes » affalés sur les fauteuils en bout des rayonnages, les mains dans les poches de leur pantalon de survêtement en train de se gratter les couilles le regard particulièrement intelligent, ne me demandez pas ce qu’ils font à la bibliothèque ; il est en tous cas hautement improbable qu’ils y aient jamais emprunté un livre. La présence dans ces fauteuils est exclusivement masculine. En revanche, les chaises autour des tables sont utilisées par une population mixte, qui utilise parfois livres et revues ; contrairement à Versailles, c’est beaucoup plus convivial ; boisson et nourriture permettent de passer un bon moment ; quand vous vous installez à une table, vous pouvez ainsi avoir la chance de devoir d’abord pousser un tas d’immondices pour dégager l’espace, à moins que de la compote de pommes sur la table ne vous incite plutôt à essayer d’en trouver une autre. Le côté convivial de Roubaix, c’est aussi que lorsque vous empruntez une revue, vous pouvez connaître le menu des précédents lecteurs, notamment en fonctions des miettes et des corps gras que vous y retrouvez. Au moins dans cette chronique, on ne pourra pas me taxer d’islamophobie ; en effet, en tant qu’utilisateur de la bibliothèque municipale de Roubaix, je suis très content en période de ramadan….

Avant de clore cette chronique, je voudrais contester par avance une remarque qui ne manquera pas d’être faite par certains, surtout d’ailleurs par des gens de gauche. Ils estimeront que cette différence est normale, car Versailles est une ville « bourgeoise » et riche, et Roubaix une ville « populaire » et pauvre ; cette explication me paraît non seulement fausse, mais en plus très insultante. Non ; le peuple français, les pauvres ne sont pas forcément impolis. Non ; ce n’est une caractéristique ni du peuple français ni des pauvres de forcément laisser des miettes de biscuit ou de la mayonnaise dans les revues.