Le brouillard et le flou

La majorité présidentielle à l’assemblée nationale est très confortable1 (addition des députés de LREM et du MODEM).

Cette majorité va néanmoins au-delà de ces chiffres.

Certains hommes politiques de droite ont franchi le pas et sont passés à gauche avant les élections législatives. Anciennement LR, trois d’entre eux sont entrés au gouvernement : Edouard Philippe, député-maire du Havre (Seine-Maritime), devint premier ministre ; Bruno Le Maire, député de l’Eure, devint ministre de l’économie ; Gerald Darmanin, maire de Tourcoing (Nord), devint ministre « de l’action et des comptes publics ».

Les députés UDI et certains députés LR ont créé un groupe à l’assemblée nationale, qu’ils ont appelé les « constructifs ». Une partie d’entre eux a voté la confiance au gouvernement, mais beaucoup se sont réfugiés dans l’abstention. Le début de la dérive à gauche et d’un positionnement plus ou moins partiel dans la majorité présidentielle.

Du côté des LR non-constructifs, les députés restent à droite et dans l’opposition. Une partie des députés LR a voté contre la confiance au gouvernement, mais la majorité d’entre eux a préféré l’abstention. Confrontée à une opposition LR qui n’a apparemment pas d’opinion sur la politique gouvernementale et qui s’abstient sur le vote de confiance, la majorité présidentielle doit pour l’instant être assez optimiste…

Ce développement de la constructivité se répandra-t-il partout ? Au conseil de Paris, une petite partie des conseillers municipaux LR ont eux aussi créé un groupe « constructif ».

Tout çà n’est quand même pas très clair. Et de l’autre côté, chez les socialistes, ce n’est pas très limpide non plus.

Il ne reste plus qu’à attendre que tout çà se décante un peu pour y voir plus clair.

Ce bazar actuel aura peut-être un léger effet positif. Si certains élus de droite sont en train d’enfin se rendre compte qu’ils sont en fait de gauche, et qu’ils passent à gauche, leur départ aura peut-être pour conséquence de dégauchiser un peu la droite…

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1- Voir chronique du 5 juillet 2017 : « Dans la foulée ».

Dans la foulée

Dans la foulée de la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, ses partisans ont gagné les élections législatives des 11 et 18 juin 2017.

Le mouvement « En Marche », créé pour la campagne de Macron, a changé de nom avant les législatives pour s’appeler désormais LREM1.

Les candidats LREM ont obtenu 28,21% des suffrages exprimés au premier tour, ce qui amplifie la poussée d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle (24,01%). A l’issue du second tour, les députés LREM ont la majorité absolue à l’assemblée nationale, puisqu’ils sont 308 (sur un total de 577).

Leurs alliés du MODEM2 font leur entrée à l’assemblée, avec 4,12% des voix et 42 députés.

Le parti socialiste a été complètement siphonné par LREM ; il n’obtient que 7,44% des voix et 30 députés, auxquels s’ajoutent 3 députés radicaux de gauche. En 2012, à la précédente élection législative, le PS avait recueilli 29,35% des voix et 280 députés.

La gauche bolivaro-mélenchonniste, sous l’étiquette LFI3, recueille 11,03% des voix fait élire 17 députés ; leurs anciens alliés communistes, avec 2,72%, obtiennent 10 députés.

LR4 et l’UDI5 obtiennent respectivement 15,77% (112 députés) et 3,03% (17 députés). Au premier tour des élections législatives de 2012, dans la foulée de la défaite de son candidat à l’élection présidentielle, le président sortant Nicolas Sarkozy, l’UMP6 (ancien nom de LR) obtenait tout de même 27,12% des voix et 194 députés à l’issue du second tour.

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1- LREM : La République En Marche

2- MODEM : MOuvement DEMocrate

3- LFI : La France Insoumise

4- LR : Les Républicains

5- UDI : Union des Démocrates et Indépendants

6- UMP : Union pour un Mouvement Populaire

Raz de marée à gauche pour l’élection présidentielle

Le second tour de l’élection présidentielle française était organisé le 7 mai 2017.

François Fillon, le malheureux candidat LR, arrivé troisième au premier tour, appelait dès le soir de son éviction à voter pour Emmanuel Macron.

Ses électeurs l’ont apparemment majoritairement suivi, puisque Emmanuel Macron, le candidat socialiste dissident, a été élu président de la république avec 66,10% des voix.

L’exploit de monsieur En-Même-Temps

Le 23 avril 2017, les Français votaient pour le premier tour de l’élection présidentielle.

Après 5 années de mandat du calamiteux président socialiste François Hollande, au bilan tellement désastreux qu’il n’a même pas osé participer à l’élection pour tenter de se faire réélire, on pouvait penser que cette élection allait donner une très claire majorité à la droite. Il n’en a rien été.

Le candidat arrivé en tête au premier tour est Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaires chez Rothschild et Cie, ancien membre du parti socialiste, secrétaire général adjoint du cabinet de l’Elysée de 2012 à 2014, ministre de l’Economie de 2014 à 2016. Avec ce pedigree qui aurait dû le cantonner à 6% des voix, il réussit l’exploit de caracoler en tête avec 24,01%.

On est donc obligé de constater le talent de monsieur Macron. Pas tant celui de ministre, puisque, sauf erreur, son bilan positif se limite à la création de quelques lignes de bus inter-villes, plus ou moins rentables. Plutôt sa faculté à avoir adopté l’idéologie dominante, et à l’avoir associée à son sourire permanent, ce qui lui a attiré la sympathie quelque peu militante des médias dominants. Puis sa posture de « monsieur En-Même-Temps » ; ce tic de langage (il répète très régulièrement cette expression) illustre sa capacité à exprimer des positions divergentes, mais réunifiées par son « en même temps » pour ratisser large.

Cet exploit de monsieur Macron a probablement contribué à maintenir la France à gauche lors de ce premier tour.

L’ensemble des candidats de droite au premier tour a obtenu 48,13% des voix : Marine Le Pen (FN) 21,30%, François Fillon (LR) 20,01%, Nicolas Dupont-Aignan (DLF) 4,70%, Jean Lassalle (dissident MODEM) 1,21% et François Asselineau (UPR) 0,92%.

L’ensemble des candidats de gauche au premier tour a obtenu 51,87% des voix : Emmanuel Macron (socialiste dissident) 24,01%, Jean-Luc Mélenchon (gauche bolivarienne) 19,58%, Benoît Hamon (PS) 6,36%, Philippe Poutou (NPA, trotskyste) 1,09%, Nathalie Arthaud (LO, trotskyste) 0,64% et Jacques Cheminade 0,18%.

Elections régionales françaises

 

Les 6 et 13 décembre 2015 étaient organisées les élections régionales françaises. Les précédentes avaient eu lieu en 2010; la gauche avait remporté un succès considérable, en gagnant 21 des 22 régions métropolitaines; seule l’Alsace restait dirigée par la droite. Celles de cette année se sont tenues après la réforme qui a regroupé certaines régions, qui sont désormais au nombre de 13 en métropole. Les conseillers sont élus dans un scrutin de liste, dans lequel 25% des sièges sont attribués à la liste arrivée en tête, et les 75% restants sont partagés entre toutes les listes ayant obtenu plus de 5% des suffrages exprimés (y compris la liste arrivée en tête).

La participation au premier tour était nettement supérieure à celle des régionales de 2010 (49,91% contre 46,33%). Au second tour, elle progresse de manière spectaculaire à 58,41% (contre 51,21% en 2010).

Les résultats montrent une forte poussée du front national, qui obtient au premier tour 27,73% des voix (11,42% en 2010).

Le tableau ci-dessous montre le score obtenu par les trois premiers partis ou coalitions au premier tour de 2015. Non seulement le FN arrive en tête, mais il faut de plus noter que les deux scores suivants ne sont pas obtenus par un seul parti, mais par une coalition, ce qui rend le score du FN encore plus remarquable.

 FN  27,73%
 UMP-UDI-MODEM  26,65%
 PS-PRG  23,12%

Le tableau suivant détaille le score obtenu par le FN dans chaque région aux deux tours, le nombre de listes présentes au second tour, le nombre total de sièges par région, puis le nombre d’élus FN. En PACA et en Nord-Pas de Calais Picardie, le PS a retiré sa liste au second tour, et appelé à voter pour la liste UMP-UDI.

REGION 1er tour 2nd tour nombre

de listes

restant au

second tour

sièges élus FN
 Alsace Lorraine Champagne-Ardennes  36,07%  36,08%  3  169  46
 Aquitaine Poitou Charente Limousin  23,23%  21,67%  3  183  29
 Auvergne Rhône-Alpes  25,52%  22,55%  3  204  34
 Bourgogne Franche-Comté  31,48%  32,44%  3  100  24
 Bretagne  18,17%  18,87%  3  83  12
 Centre  30,48%  30,00%  3  77  17
 Corse  10,58%  9,09%  4  51  4
 Ile-de-France  18,41%  14,02%  3  209  22
 Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon  31,83%  33,87%  3  158  40
 Nord-Pas de Calais Picardie  40,64%  42,23%  2  170  54
 Normandie  27,71%  27,50%  3  102  21
 PACA  40,55%  45,22%  2  123  42
 Pays de la Loire  21,35%  19,74%  3  93  13
 Guadeloupe  1,40%  X  2  41  0
 Guyane  X  X  2  51  0
 Martinique  X  X  2  51  0
 Réunion  2,39%  X  2  45  0

Les résultats du second tour donnent 5 régions métropolitaines à la gauche, et 7  à l’UMP et à l’UDI; le FN ne gagne aucune région; la Corse sera désormais dirigée par les autonomistes.

Sur un total national de 1722 sièges, l’UMP arrive en tête avec 478 conseillers régionaux; le FN en deuxième position avec 358 élus; le PS suit avec 339 sièges; puis vient l’UDI avec 190 élus. Sans conquérir aucune région, le FN réussit à gagner plus de sièges que le PS; il faut de plus comparer ces 358 élus FN sur 1722 sièges, avec son résultat de 2010 (118 élus FN sur un total de 1880 sièges).

Même si elle conserve 5 régions métropolitaines, la gauche n’est pourtant majoritaire que dans une seule: la Bretagne, où le ministre socialiste de la Défense, Jean-Yves Le Drian, remporte 51,41% des voix au second tour. Il avait obtenu 50,27% au second tour de 2010, mais il subissait alors la concurrence de la liste écologiste qui recueillait au second tour 17,37%. Malgré ce succès incontestable, la gauche baisse quand même de 16 points en Bretagne au second tour.

Dans les 4 autres régions,  la gauche gagne au second tour sans être majoritaire. Comme d’habitude, c’est la désunion des droites qui permet à la gauche de l’emporter. En particulier, 2 régions, le Centre et la Bourgogne Franche-Comté, seront présidées par la gauche, alors que les droites, divisées, obtiennent près des deux tiers des voix.

REGION Gauche unie UMP-UDI FN
 Aquitaine Poitou Charente Limousin  44,27%  34,06%  21,67%
 Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon  44,81%  21,32%  33,87%
 Bourgogne Franche-Comté  34,67%  32,89%  32,44%
 Centre  35,42%  34,58%  30,00%

 

La droite divisée gagne de justesse en  Ile-de-France, et d’extrême justesse en Normandie, alors qu’elle est nettement majoritaire en Ile-de-France, et qu’elle représente près des deux tiers des voix en  Normandie.

REGION Gauche unie UMP-UDI FN
 Ile-de-France  42,18%  43,80%  14,02%
 Normandie  36,08%  36,42%  27,50%

En 2010, la gauche avait gagné avec une majorité absolue l’Aquitaine, l’Auvergne, les Basse et Haute Normandie, la Bourgogne, la Bretagne, le Centre, l’Ile de France, le Languedoc-Roussillon, le Limousin, la Lorraine, le Midi-Pyrénées, le Nord-Pas de Calais, les Pays de la Loire, le Poitou-Charente et Rhône-Alpes; elle gagnait la Champagne-Ardennes, la Franche Comté, la Picardie et la PACA sans majorité absolue, grâce à la division des droites.

A l’issue du second tour de 2015, la gauche a la présidence de la Guyane et de la Guadeloupe, les régionalistes celle de la Martinique, et la droite celle de la Réunion.

Un point de détail pour finir. L’UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français) présentait une liste en Ile-de-France, dirigée par Nizarr Boucharda,  qui ne remporte que 0,4% des voix, avec une pointe de 1,30% dans le département de Seine Saint Denis.

Le parti n’a pas mis en place de bulletins de vote dans tous les bureaux, et quand il en a mis, il semble les avoir mis en nombre limité, pour des raisons financières.

Le tableau ci-dessous montre certains des meilleurs scores obtenus par cette liste dans les communes (et en quelle place elle finit dans la commune par rapport aux 13 listes candidates en Ile-de-France). Compte tenu des éléments donnés plus haut, ces résultats sont loin d’être négligeables.

COMMUNE DEP  UDMF PLACE
 Mantes-la-Jolie  78  5,90% 4/13
 Villetaneuse  93  4,71% 6/13
 Chanteloup-les-Vignes  78  4,58% 6/13
 la Courneuve  93  4,44% 6/13
 les Mureaux  78  4,38% 6/13
 Trappes  78  4,20% 6/13
 Villeneuve-la-Garenne  92  3,72% 7/13
 Stains  93  3,70% 7/13