Pari perdu pour Theresa May

Sans doute pour obtenir une majorité parlementaire plus confortable, et afin de ne pas avoir d’élections pendant les négociations relatives à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, Theresa May, qui avait succédé à la fonction de premier ministre à David Cameron après le référendum, avait décidé d’organiser des élections législatives anticipées.

Les élections se sont déroulées le 8 juin 2017. Les conservateurs ont perdu leur majorité absolue en sièges, passant de 330 à 317 députés. Pour atteindre la majorité absolue de sièges au parlement (composé de 650 députés), les conservateurs ont dû s’allier désormais aux unionistes protestants nord-irlandais du DUP. C’est donc un revers pour Theresa May, qui avait provoqué ces élections anticipées pour obtenir une majorité absolue plus large, et qui est désormais à la merci des 10 députés du DUP.

C’est la magie de la démocratie. En progressant fortement dans les suffrages exprimés (42,4% contre 36,9% lors du précédent scrutin de 2015), les conservateurs baissent en nombre de sièges (317 contre 330 précédemment). Tandis que lors des élections précédentes1, le 7 mai 2015, David Cameron avait conquis la majorité des sièges, en obtenant 330 sièges, contre 306 lors du précédent scrutin de 2010 ; et ce avec un résultat électoral quasiment stable pour les conservateurs (36,9% contre 36,1% en 2010).

De son côté, le parti travailliste a fortement progressé : 40% des voix contre 30,4% en 2015, passant de 232 à 262 sièges. Les indépendantistes écossais du SNP, qui avaient obtenu en 2015 56 des 59 sièges de députés en Ecosse, n’en ont obtenu que 35 lors de ce dernier scrutin. Enfin, le UKIP s’effondre, passant de 12,6% des voix en 2015 à 1,8%, et perdant son unique siège de député.

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1- Voir chronique du 19 mai 2015 : « Elections britanniques »

Stoke et Copeland

Le 23 février 2017, deux élections législatives partielles étaient organisées en Grande-Bretagne, dans deux circonscriptions travaillistes, Stoke-on-Trent et Copeland.

La manière dont les résultats de Stoke-on-Trent, connus avant ceux de Copeland, ont été annoncés sur le site Internet du quotidien le Monde est remarquable.

Sur la page d’accueil du Monde, dans la rubrique « en continu », le résultat est annoncé de la manière suivante : « Echec d’europhobe dans un fief Brexit ».

Lorsqu’on accède à l’article1, son titre est : « Législative en Grande-Bretagne : un bastion pro-Brexit vote contre le chef du parti europhobe ».

L’article indique que la circonscription de Stoke-on-Trent est un bastion pro-Brexit, qui a voté à 69,4% pour le Brexit (sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne) ; que le candidat du parti travailliste « a rassemblé 7 853 voix, contre 5 233 voix » au candidat du UKIP ; que lors des législatives de 2015, « à Stoke, le candidat Ukip avait terminé loin derrière son rival travailliste (23% contre 39%) lors d’un scrutin marqué avant tout par une très forte abstention ».

Que peut-on remarquer dans ce texte ?

D’abord, et c’est courant dans la presse dominante, l’utilisation systématique et exclusif de l’adjectif « europhobe », qui vise à rapprocher le souverainisme soit d’une maladie (arachnophobe, agoraphobe, claustrophobe,……), soit d’un délit (xénophobe, homophobe).

Ensuite, cette élection est présentée comme un échec du parti europhobe UKIP, en insistant que cette circonscription avait très largement voté pour le Brexit. Cependant, cette circonscription n’était pas détenue par le UKIP, mais par le parti travailliste ; tout l’article vise à montrer que le candidat du UKIP a été battu ; or la réalité est qu’il n’a pas réussi à conquérir une circonscription travailliste, ce qui est quand même légèrement différent ; certes, noyé dans l’article, est évoqué le « maintien » de la circonscription dans le « giron travailliste », ce qui revient à dire celà, mais çà passe presque inaperçu dans le flot de l’article.

On peut ensuite noter la manière dont sont présentés les chiffres. 7853 voix au parti travailliste contre 5233 voix pour le UKIP, ce qui donne l’impression d’une victoire écrasante des travaillistes. Si, au lieu de donner les chiffres pour les deux premiers candidats, le Monde les avait publiés pour les quatre premiers, celà aurait donné 7853 pour les travaillistes, 5233 pour le UKIP, 5154 pour les conservateurs et 2083 pour les libéraux-démocrates ; ce qui montre une position beaucoup moins majoritaire des travaillistes.

Enfin, les résultats sont donnés en nombre de voix pour 2017, et en pourcentage pour 2015, ce qui rend impossible pour le lecteur toute comparaison. Si les pourcentages avaient été publiés, les lecteurs auraient plus constater que le parti travailliste, tout en conservant son siège, passait de 39,3% en 2015 à 37% en 2017, tandis que le UKIP progressait (de 22,7% en 2015 à 24,7% en 2017), de même que les conservateurs (de 22,5% en 2015 à 24,4% en 2017). Ce qui change la lecture des résultats de l’élection……

Accessoirement, notons que la « forte abstention » de 2015 s’était traduite par un taux de participation de 49,9% (contre 36,7% en 2017).

Les résultats de la seconde élection du week-end, à Copeland, sans doute connus plus tard, ne sont pas donnés dans cet article ; le parti travailliste a perdu cette circonscription qu’il détenait depuis des décennies. Le parti conservateur a conquis ce siège en obtenant 44,3% des voix (35,8% en 2015), battant les travaillistes à 37,3% (42,3% en 2015), tandis que le UKIP s’effondrait à 6,5% (15,5% en 2015).

A noter que le site du Monde a publié plus tard le jour-même un second article2 qui, en omettant de comparer les résultats avec 2015, reste sur l’idée que l’élection de Stoke-on-Trent est un échec pour le UKIP. Ce second article est néanmoins beaucoup moins caricatural que le précédent. Son idée-maîtresse peut évidemment être discutée, mais mérite au moins d’être sérieusement prise en compte : « L’ordre électoral qui s’est mis en place au Royaume-Uni depuis le référendum sur le Brexit se confirme : les conservateurs sont les grands vainqueurs, les travaillistes les grands perdants, et le UKIP (United Kingdom Independence Party), le parti anti-européen, peine à concrétiser dans les urnes le succès de ses idées ».

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1- « Législative en Grande-Bretagne : un bastion pro-Brexit vote contre le chef du parti europhobe », 24 février 2017, le Monde (site Internet), article non-signé.

2- Eric Albert : « Royaume-Uni : défaite cuisante des travaillistes à une élection partielle, le Monde (site Internet), 24 février 2017.

 

Les droites nationales européennes dans les groupes parlementaires

 

Les partis de droite nationale se sont affiliés à différents groupes parlementaires au parlement européen. Cette fragmentation, essentiellement due à des rivalités et des chamailleries parfois stupides, conduit probablement à minorer l’influence de ces mouvements.

Le groupe ENL (Europe des Nations et des Libertés) comprend des députés européens des partis suivants :

  • AFD1 en Allemagne

  • FPO2 en Autriche

  • Vlaams Belang en Belgique flamande

  • Front national français

  • Ligue du Nord en Italie

  • PVV aux Pays-Bas

  • KNP en Pologne

  • et un député britannique élu avec l’étiquette UKIP, et un roumain élu sous l’étiquette du parti conservateur roumain, les deux ayant quitté leur parti d’origine.

Le groupe ELDD (Europe de la Liberté et de la Démocratie directe) comprend des députés européens des partis suivants :

  • UKIP3 au Royaume-Uni

  • M5S (Mouvement 5 étoiles) en Italie

  • AFD en Allemagne

  • Ordre et Justice en Lituanie

  • Korwin en Pologne

  • Parti des citoyens libres en république tchèque

  • Démocrates de Suède

  • et un député français ayant quitté le front national.

Par ailleurs, le PiS4, les Vrais Finlandais et le parti populaire danois, qui sont des partis pouvant être inclus dans la droite nationale, sont membres du groupe CRE (Conservateurs et Réformistes Européens), aux côtés notamment des conservateurs britanniques.

Le Fidesz5 (Hongrie) est membre du PPE (parti populaire européen), aux côtés notamment des LR français, de la CDU/CSU allemande et du Parti populaire espagnol.

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1- Voir chroniques du 20 mars 2016 : « Recomposition allemande ? » et du 20 septembre 2016 : « Camouflets pour la chancelière ».

2- Voir chroniques du 24 mai 2016 : « Election serrée en Autriche » et du 29 mai 2016 : « Forte poussée du FPO ».

3- Voir chroniques du 19 mai 2015 : « Elections britanniques » et du 9 mai 2016 : « Elections locales en Grande-Bretagne ».

4- Voir chroniques du 19 juin 2015 : « Election présidentielle polonaise » et du 10 décembre 2015 : « Elections législatives polonaises ».

5- Voir chronique du 19 juin 2015 : « Election présidentielle polonaise ».

 

 

 

 

Extrême-droite et populismes

Ces dernières années, en Europe, des mouvements étiquetés par les médias dominants comme « populistes », ou « d’extrême-droite », voire même « néo-nazis », ont fortement progressé dans les urnes.

Parfois même, ces mouvements se renvoient entre eux ces étiquettes d’antisémitisme et d’extrémisme, utilisant la propagande des médias de gauche pour se chamailler entre eux. Par exemple, entre le front national français et le UKIP britannique.

Pour le UKIP et le FN, les Français savent qu’aucun des deux n’est un parti néo-nazi. Mais quid de tous les autres mouvements européens ?

On est en effet confrontés à deux attitudes contraires peu satisfaisantes.

La première consiste à croire ce que disent les médias dominants, quand ils qualifient un parti politique d’extrémiste ou de néo-nazi. C’est évidemment impossible. Ces médias eux-mêmes reconnaissent aujourd’hui que le FN n’est pas un parti néo-nazi. Quand ils suggéraient çà, c’était en quelque sorte « pour de faux », comme on dit dans les cours de récréation. Ceci n’empêche certes pas certains hommes politiques, journalistes ou caricaturistes de délirer encore sur le thème du FN néo-nazi ; mais à part quelques intoxiqués qui sont persuadés que le FN va ouvrir des camps de concentration pour y exterminer les juifs, cette accusation stupide a perdu toute crédibilité. Pendant des décennies, nos médias nous ont affirmés que le FN était un parti nazi, ce qui était faux ; pourquoi devrait-on les croire quand ils nous affirment aujourd’hui avec horreur que tel ou tel parti politique étranger serait néo-nazi ?

A contrario, ce n’est pas parce que des médias mentent souvent, qu’ils mentent tout le temps. Quand ils dépeignent un parti comme néo-nazi, il pourrait arriver que ce soit exceptionnellement le cas ! Il y a donc un risque à soutenir par principe un parti qualifié de néo-nazi par les médias, considérant que ceux-ci mentent forcément ; le parti peut réellement être néo-nazi.

Pour les partis les plus puissants et les plus anciens, la propagande politico-médiatique n’a plus d’effet. Par exemple, malgré les hurlements causés par l’élection présidentielle autrichienne, il est incontestable que Norbert Hofer, le candidat du FPO, n’est pas un nazi.

Mais il y a beaucoup de mouvements pour lesquels il n’est pas toujours aisé de se prononcer. Deux critères rendent plus ou moins difficile un état des lieux.

Premièrement, l’âge du parti. Ou plus exactement le temps depuis lequel le parti obtient des scores conséquents aux élections. En effet, plus le parti est implanté fortement depuis longtemps, plus on peut espérer avoir de la documentation contradictoire sur lui, pour pouvoir se forger une opinion.

Secondement, le pays d’implantation du parti, et plus particulièrement sa langue. La documentation en anglais, allemand ou italien sera a priori plus facilement diffusée et exploitée en France que celle en suédois, en grec ou en hongrois.

Il faudra donc encore beaucoup de travail, et de temps, avant de pouvoir dresser un panorama objectif de ces mouvements « populistes » en Europe.

 

 

 

 

Le souffle de la liberté

 

Le jeudi 23 juin 2016, la Grande-Bretagne organisait un référendum sur son maintien ou sa sortie de l’Union européenne.

A 51,9%, les Britanniques ont voté pour une sortie de l’Union européenne, décidant de recouvrer leur pleine indépendance.

Les électeurs d’Angleterre et du Pays de Galles ont voté pour la sortie de l’UE, respectivement à 53,4% et 52,5%. Ceux d’Ecosse et d’Irlande du Nord ont eux plus voté pour un maintien dans l’UE, respectivement à 62% et 55,8%.

En Ecosse, la totalité des 32 conseils écossais a donné la majorité au maintien dans l’UE, avec un record de 74,4% à Edinbourg.

En Irlande du Nord, 11 des 18 circonscriptions parlementaires ont donné une majorité au maintien, les deux meilleurs scores étant à Foyle (78,26%) et Belfast-Ouest (74,1%).

Au Pays de Galles, 17 des 22 conseils ont voté pour la sortie, avec un meilleur score à 62%. Parmi les 5 conseils ayant voté pour le maintien, figure Cardiff, qui a voté à 60% pour le maintien.

8 des 9 régions anglaises ont voté pour la sortie :

  • Angleterre de l’Est : 56,48% pour la sortie ; 42 des 47 districts ont voté pour la sortie, dont 4 à plus de 70% (dont Thurrock1, place forte du UKIP, à 72,3%) ; 5 districts ont voté en faveur du maintien, dont Cambridge (73,8% pour le maintien) et Saint-Alban (62,7% pour le maintien).

  • Angleterre du Nord-Est : 58,04% pour la sortie ; 11 des 12 districts ont voté pour la sortie.

  • Angleterre du Nord-Ouest : 53,65% pour la sortie ; 32 des 39 districts ont voté pour la sortie ; ont notamment voté pour le maintien Liverpool (58,2%) et Manchester (à 60,4%).

  • Angleterre du Sud-Est : 51,78% pour la sortie ; 43 des 67 districts ont voté pour la sortie ; Oxford a voté pour le maintien à 70,3%.

  • Angleterre du Sud-Ouest : 52,63% pour la sortie ; des 29 des 38 districts ont voté pour la sortie ; à noter que Gibraltar a été rattaché administrativement à cette région pour ce scrutin, Gibraltar qui a voté à 95,9% pour le maintien.

  • Grand Londres : 59,9% pour le maintien ; 28 des 33 districts ont voté pour le maintien, dont 9 à plus de 70% ; 3 des 5 districts ayant voté pour le départ l’ont fait à plus de 60% (69,7% à Havering).

  • Midlands de l’Est : 58,82% pour la sortie. 39 des 40 districts ont voté pour la sortie, avec le meilleur score à 75,6% ; seul le district de Leicester a voté pour le maintien, à 51,1%.

  • Midlands de l’Ouest : 59,26% pour la sortie ; 29 des 30 districts ont voté pour le départ.

  • Yorkshire-et-Humber : 57,71% pour la sortie ; 18 des 21 districts ont voté pour le départ.

Au vu de ces résultats, on constate donc un plus fort vote pour le maintien dans les grandes villes.

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1- Voir chronique du 9 mai 2016 : « Elections locales en Grande-Bretagne » .

 

 

Elections locales en Grande-Bretagne

Des élections locales étaient organisées en Grande-Bretagne le 5 mai 2016.

Le parti travailliste a conquis la mairie de Londres ; mais ce gain ne cache pas sa stabilité ou son recul sur le reste du territoire, alors qu’il aurait pu s’attendre à progresser, en tablant sur l’usure du gouvernement conservateur en place depuis 2010, et reconduit en 20151. Enfin, le parti de droite nationale UKIP poursuit légèrement sa progression.

A Londres, le candidat travailliste musulman Sadiq Khan bat le candidat conservateur Zac Goldsmith (44,2% contre 35%). Après deux mandats du conservateur Boris Johnson, élu en 2008 avec 43,2% et réélu en 2012 avec 44%, le poste de maire de Londres revient à la gauche. Auparavant, de 2000 à 2008, le maire de Londres était Ken Livingston, surnommé « Ken le rouge ».

Les assemblées législatives d’Ecosse, du Pays de Galles et d’Irlande du Nord sont élus selon un système mixte. Chaque électeur vote deux fois : une fois pour un candidat dans sa circonscription, une seconde fois pour une liste ; les sièges sont attribués à la proportionnelle, en tenant compte des sièges attribués par circonscription.

Dans l’assemblée législative galloise sortante, élue en 2010, le parti travailliste avait la moitié des sièges (30 sur 60) ; il est en très léger recul en 2016, en obtenant 29 sièges. Le parti conservateur perd 3 sièges et en conserve 11 ; les libéraux-démocrates perdent 4 sièges, et n’en conservent qu’un. Les gagnants sont le Plaid Cymru (parti nationaliste gallois) qui gagne un siège et obtient 12 élus ; et surtout le UKIP, inexistant dans l’assemblée sortante, qui gagne 7 sièges en obtenant 13% au scrutin proportionnel.

Au parlement écossais, le SNP (parti indépendantiste écossais) disposait de la majorité absolue dans l’assemblée sortante (69 sièges sur 129) ; tout en arrivant très largement en tête en 2016, il perd de justesse cette majorité absolue, en n’emportant que 63 sièges. Le parti travailliste s’effondre en Ecosse ; il obtenait 56 sièges en 1999, 50 en 2003, 46 en 2007, et 37 en 2011 ; il n’obtient que 24 sièges en 2016. Le parti conservateur double son nombre d’élus, en passant de 16 à 31, ce qui le place désormais en deuxième position au parlement écossais, devant les travaillistes ; le parti conservateur est faible en Ecosse : depuis 1999, il obtenait entre 15 et 18 sièges. Les écologistes passent de 2 à 6 sièges. Le UKIP, avec 2% des voix, est inexistant.

En Irlande du Nord, l’assemblée reste à peu près stable en 2016.

Pour un étranger, l’analyse du reste des élections du 5 mai 2016 est assez peu aisée :renouvellement total ou partiel de conseils locaux (districts métropolitains et non-métropolitains, autorités unitaires), élection de commissaires de police.

Pour les élections des commissaires de police, la tendance générale a été la victoire de candidats conservateurs au détriment de commissaires sortants indépendants, ainsi que quelques gains des travaillistes sur les conservateurs. Sur les 40 postes en jeu, les conservateurs en remportent 20, soit un gain de 4 ; les travaillistes 15, soit un gain de 3 ; le Plaid Cymru 2, alors qu’il n’avait pas de sortant ; les indépendants, qui étaient 12, sont désormais 3. Le UKIP ne remporte aucun siège de commissaire, mais se place deuxième dans 4 circonscriptions, avec des scores compris entre 20,5% et 27,5% dans ces circonscriptions.

Les chiffres globaux non-définitifs sur les mandats de conseillers locaux en jeu dans cette élection sont les suivants : les travaillistes obtiennent 1291 sièges, soit une perte de 23 ; les conservateurs en obtiennent 828, soit une perte de 46 ; les libéraux-démocrates en obtiennent 370, soit un gain de 44 ; le UKIP en obtient 58, soit un gain de 26. Les conseils locaux dont les sièges étaient totalement ou partiellement renouvelés ont désormais les majorités suivantes : 57 ont une majorité travailliste (58 avant les élections) ; les conservateurs ont la majorité dans 38 d’entre eux (39 précédemment) et les libéraux-démocrates dans 4 (3 précédemment) ; les conseils sans majorité restent au nombre de 24.

Le UKIP ne réussit pas à conquérir d’assemblée. Il a néanmoins réussi à être à égalité avec les conservateurs au conseil de Thurrock, dans l’Essex, dans l’Est de l’Angleterre.

Thurrock est un point fort du UKIP. Déjà à l’élection législative de 1976, le National Front effectuait une petite percée, avec 6,64% des voix. Aux élections législatives de 2010, dans la circonscription de Thurrock, le UKIP obtenait 7,4% des voix ; et le BNP, autre parti de droite nationaliste, mais plus marginal, obtenait 7,9%. Aux élections législatives de 2015, le parti conservateur conservait son siège de député de Thurrock avec 33,7% des voix, talonné par le candidat travailliste (32,6%) et le candidat du UKIP (31,7%). La circonscription sera très disputée à la prochaine élection législative.

Le conseil local de Thurrock était partiellement renouvelé le 5 mai 2016. Le conseil sortant était composé de 18 travaillistes, 17 conservateurs, 11 UKIP et 3 indépendants. Après le renouvellement partiel, les conservateurs et le UKIP sont à égalité avec 17 sièges chacun, les travaillistes étant relégués en dernière position avec 14 sièges, et il reste un conseiller indépendant. Le UKIP a raté d’une voix une majorité de 18 sièges pour lui contre 16 pour les conservateurs ; dans le quartier de Little Thurrock Blackshots, le conseiller conservateur a été élu avec 706 voix, contre 705 à son concurrent du UKIP.

Enfin, deux élections législatives partielles étaient aussi organisées le 5 mai. Le parti travailliste conserve ces deux sièges de député. Dans ces deux élections, le UKIP arrive en deuxième position, très loin derrière les travaillistes, mais devant les conservateurs. A Ogmore (Pays de Galles), le candidat travailliste est élu avec 52,6% des voix (52,9% en 2015), suivi par le UKIP à 16,2% (15,4% et troisième place en 2015). A Sheffield (Angleterre), le candidat travailliste est élu avec 62,5% des voix (56,6% en 2015), suivi par le UKIP à 20% (22,1% en 2015, et déjà en deuxième position).

1- Voir chronique du 19 mai 2015 : « Elections britanniques »

2- BNP : British national party

 

Elections britanniques

 

Le 7 mai 2015 avaient lieu les élections législatives britanniques.

La Chambre des Communes est composée de 650 députés, élus au suffrage uninominal majoritaire à un tour. Pas de second tour, donc, le candidat arrivé en tête dans chaque circonscription est élu. La majorité à la Chambre est donc de 326 sièges.

Le premier ministre sortant, David Cameron, était à la tête d’une majorité composée des conservateurs (306 sièges) et des libéraux-démocrates (57 sièges) depuis 2010.

Les sondages, les commentateurs et les experts avaient décidé que le résultat des élections serait serré, et que les travaillistes arriveraient au gouvernement en formant une coalition avec des petits partis.

Ce fut le contraire qui arriva. David Cameron reste premier ministre, car son parti obtient désormais seul la majorité à la Chambre, en passant de 306 à 331 sièges. Le parti travailliste n’a pas profité de l’usure du pouvoir de son adversaire conservateur; il passe de 256 à 232 sièges. Victoire sans appel pour les conservateurs.

Pourtant, le score obtenu par les conservateurs et les travaillistes est resté stable. Les conservateurs, qui avaient obtenu 36,1% des voix en 2010, recueillent 36,9%. Les travaillistes, qui avaient obtenu 29% en 2010, obtiennent 30,4%.

L’analyse circonscription par circonscription ne montre pas de transfert de sièges des travaillistes au profit des conservateurs. Les conservateurs gagnent 8 circonscriptions auparavant détenues par les travaillistes; les travaillistes gagnent 9 circonscriptions auparavant détenues par les conservateurs.

Les libéraux-démocrates s’effondrent. En 2010, ils obtenaient 23% et 57 sièges. En 2015, ils tombent à 7,9% et 8 sièges. Les travaillistes prennent 12 sièges aux libéraux-démocrates; les conservateurs prennent 27 sièges à leur ancien allié.

Le SNP (parti national écossais) effectue une percée remarquable, en emportant 56 des 59 sièges de députés en Ecosse, alors qu’il en avait emporté 6 aux élections de 2010. Ce parti nationaliste de gauche gagne 10 circonscriptions auparavant détenues par les libéraux-démocrates, et 36 auparavant détenues par les travaillistes. Il obtient 50% des voix en Ecosse, contre 19,9% en 2010; son précédent record aux élections législatives britanniques datait d’octobre 1974, où il récoltait 30,4% des voix en Ecosse, et gagnait 11 des 71 sièges écossais.

La victoire des conservateurs n’est donc pas le résultat d’une forte poussée en voix, mais la conséquence de l’effondrement des libéraux-démocrates, dont ils bénéficient. Les travaillistes ont profité dans une moindre mesure de l’effondrement libéral-démocrate, mais ont été fortement handicapés par la poussée nationaliste écossaise qui s’est largement réalisée à leur détriment.

Le UKIP (United Kingdom Independence Party) n’obtient qu’un seul député. Ce mouvement eurosceptique n’en avait obtenu aucun en 2010. Il avait néanmoins 2 députés sortants. En 2014, 2 députés conservateurs avaient rejoint le UKIP; ils avaient démissionné de leur mandat de député, s’étaient présenté à l’élection partielle et avait regagné leur siège sous l’étiquette de leur nouveau parti. Le UKIP était arrivé en tête aux élections européennes de 2014, en obtenant 27,5% des voix. Il n’obtient que 12,6% aux élections législatives de 2015, sans doute victime du mode de scrutin et du « vote utile » en faveur du premier ministre conservateur sortant.

Le UKIP semble néanmoins solidement ancré dans sa trajectoire ascendante. Aux élections européennes, il est passé de 16,6% aux européennes de 2009 à 27,5% en 2014. Aux élections législatives britanniques, il est passé de 3,1% en 2010 à 12,6% en 2015. Avec seulement 1 siège, il est le dixième parti au parlement britannique, derrière les conservateurs (331 sièges), les travaillistes (232 sièges), le SNP (56 sièges), les libéraux-démocrates (8 sièges), les protestants irlandais du DUP (8 sièges), les républicains irlandais du Sinn Féin (4 sièges), les nationalistes gallois du Plaid Cymru (3 sièges), les sociaux-démocrates du SDLP (3 sièges) et les protestants irlandais de l’UUP (2 sièges). Alors qu’en voix (12,6%), il est le troisième parti, derrière les conservateurs et les travaillistes, mais devant les libéraux-démocrates (7,9%) et le SNP (4,7% à l’échelle nationale).

L’influence du UKIP a été très importante, car c’est probablement son ascension qui a conduit David Cameron à promettre un référendum sur l’Europe avant 2017 s’il était réélu.

C’est pourquoi ces élections britanniques produiront des effets très importants pour les autres pays européens dans les deux prochaines années. Tout d’abord, le référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne: la campagne électorale en vue du référendum aura des conséquences sur les peuples des autres pays européens; une victoire éventuelle des partisans de la sortie, encore plus. Ensuite, la très forte poussée du SNP pourrait conduire à vouloir un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse; attitude qui serait probablement renforcée en cas de sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne, le SNP étant plutôt favorable au maintien de l’Ecosse dans l’UE.

2015-2018: sans doute 3 années essentielles pour la Grande-Bretagne et l’UE.