Un marteau pour la bibliothèque

Depuis quelques mois, j’ai pu constater la présence d’agents de sécurité à la bibliothèque municipale de Roubaix.

Le quotidien régional la Voix du Nord peut aider à comprendre ce déploiement. « Depuis plusieurs mois, c’est de toute évidence devenu un point de convergence pour des jeunes, qui en dehors des heures de classe n’ont pas pour but de consulter des ouvrages », explique le quotidien1, qui raconte que le 22 mars après-midi, la police municipale a confisqué dans la bibliothèque un marteau qui allait servir à des « jeunes » pour régler des comptes dans le bâtiment.

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1- Marc Grosclaude : « L’altercation entre jeunes à la médiathèque allait se jouer à coups de marteau », la Voix du Nord, 23 mars 2017.

De la convivialité dans les bibliothèques

Cette décennie, j’ai fréquenté la bibliothèque municipale de Roubaix ; pendant un an, j’ai aussi eu l’occasion de me rendre à celle de Versailles.

Les deux bibliothèques n’offrent pas les mêmes conditions.

Pas du point de vue matériel ; ces deux institutions ont une surface importante, et un catalogue très conséquent.

En revanche, pour les conditions de travail, c’est très différent.

Un exemple très simple pour comparer. Lorsque je lis un journal ou une revue, si je trouve un article intéressant, j’en prends parfois une photographie numérique pour le relire ou l’exploiter chez moi ultérieurement. Quand on utilise un appareil photographique, çà fait toujours un peu de bruit. A Versailles, la bibliothèque fermait le samedi à 18h00. Une dizaine de minutes avant, une musique d’ambiance était diffusée, afin de prévenir en douceur qu’il était temps de se préparer à partir, de faire enregistrer à l’accueil les ouvrages que l’on souhaite emprunter. Ce n’est qu’à partir du début de cette musique que j’osais photographier ; le reste du temps, j’aurais eu l’impression de déranger les autres usagers. A Roubaix, pas de tel scrupule ! Le bruit est tellement important dans la bibliothèque, que je peux utiliser mon appareil photographique n’importe quand, sans que cela ne se remarque.

Une caractéristique de la bibliothèque municipale de Roubaix est que l’on y vient pour beaucoup d’autres choses que pour lire, contrairement à Versailles. Les « jeunes » affalés sur les fauteuils en bout des rayonnages, les mains dans les poches de leur pantalon de survêtement en train de se gratter les couilles le regard particulièrement intelligent, ne me demandez pas ce qu’ils font à la bibliothèque ; il est en tous cas hautement improbable qu’ils y aient jamais emprunté un livre. La présence dans ces fauteuils est exclusivement masculine. En revanche, les chaises autour des tables sont utilisées par une population mixte, qui utilise parfois livres et revues ; contrairement à Versailles, c’est beaucoup plus convivial ; boisson et nourriture permettent de passer un bon moment ; quand vous vous installez à une table, vous pouvez ainsi avoir la chance de devoir d’abord pousser un tas d’immondices pour dégager l’espace, à moins que de la compote de pommes sur la table ne vous incite plutôt à essayer d’en trouver une autre. Le côté convivial de Roubaix, c’est aussi que lorsque vous empruntez une revue, vous pouvez connaître le menu des précédents lecteurs, notamment en fonctions des miettes et des corps gras que vous y retrouvez. Au moins dans cette chronique, on ne pourra pas me taxer d’islamophobie ; en effet, en tant qu’utilisateur de la bibliothèque municipale de Roubaix, je suis très content en période de ramadan….

Avant de clore cette chronique, je voudrais contester par avance une remarque qui ne manquera pas d’être faite par certains, surtout d’ailleurs par des gens de gauche. Ils estimeront que cette différence est normale, car Versailles est une ville « bourgeoise » et riche, et Roubaix une ville « populaire » et pauvre ; cette explication me paraît non seulement fausse, mais en plus très insultante. Non ; le peuple français, les pauvres ne sont pas forcément impolis. Non ; ce n’est une caractéristique ni du peuple français ni des pauvres de forcément laisser des miettes de biscuit ou de la mayonnaise dans les revues.

Remontée des conservateurs en Autriche

Suite à la rupture de la coalition gouvernementale entre les conservateurs de l’OVP et les sociaux-démocrates du SPO, des élections anticipées étaient organisées en Autriche le 15 octobre 2017.

L’élection présidentielle de 2016 avait été marquée par l’élimination du SPO et de l’OVP à l’issue du premier tour1, où ils avaient chacun obtenu un score de 11% ; le second tour avait été remporté à deux reprises2 par le candidat écologiste contre le candidat du FPO.

Les élections législatives d’octobre 2017 ont été marquées par des scores plus habituels des principaux partis autrichiens.

L’OVP arrive en tête du scrutin, en progressant très fortement par rapport aux législatives de 2013, en passant de 23,99% (47 sièges) en 2013 à 31,47% (62 sièges) en 2017.

Le SPO régresse de la première place en 2013 à la deuxième place en 2017, bien que son résultat soit resté stable (26,82% en 2013 et 26,86% en 2017, avec 52 députés dans les deux cas).

Le FPO progresse notablement, passant de 20,55% et 40 députés en 2013, à 25,97% et 51 députés en 2017. Le FPO reste néanmoins légèrement en-deçà de son record de 1999 : 26,91% et 52 députés. Si ce score du FPO est indéniablement un succès, le rapprochant de ses meilleurs résultats, il faut néanmoins noter qu’il n’y a pas de progression de la droite nationale par rapport à 2013. En effet, le FPO progresse de 20,55% à 25,97%. Mais il ne subit pas en 2017 la concurrence du BZO3 ni du TS, qui ne présentaient pas de candidats ; en 2013, le BZO avait obtenu 3,53%, et le TS 5,74% (11 députés). Les suffrages de ces deux partis semblent s’être globalement reportés sur le FPO. Par exemple,dans la province de Carinthie, où le BZO avait son meilleur score national en 2013 (10,8%) et où le TS recueillait 6,9% des voix, le FPO passe de 17,9% à 31,75%.

Enfin, les Verts s’effondrent, passant de 12,42% à 3,80% ; étant en-dessous de la barre des 4%, ils perdent leurs 24 sièges de députés obtenus en 2013. Ils ont notamment probablement souffert de la présence d’une liste écologiste dissidente, la liste Peter Pilz, qui, avec 4,41%, obtient 8 sièges.

Les seuls vrais gagnants du scrutin sont donc les conservateurs de l’OVP.

L’OVP est en cours de discussion avec le FPO pour constituer une coalition de gouvernement.

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1- Voir chronique du 24 mai 2016 : « Election serrée en Autriche ».

2- Voir chronique du 6 décembre 2016 : « Petite baisse du FPO ».

3- Voir chronique du 29 mai 2016 : « Forte poussée du FPO ».

Quand arrivent les problèmes

Il y a longtemps, en 1975, le chanteur d’extrême-gauche Renaud Séchan déclamait dans la chanson « Hexagone » ce qu’il pensait de la France et de la police, avec une poésie, une finesse et une rebellitude qui faisaient, et font encore, se pâmer d’admiration et d’idolâtrie le monde médiatique (y compris Eric Zemmour même) :

« La France est un pays de flics,

À tous les coins de rue y en a cent,

Pour faire régner l’ordre public

Ils assassinent impunément. »

Lorsqu’il ne chantait pas, dans son style de petit bourgeois singeant le prolétaire, Renaud utilisait sa plume pour Charlie-Hebdo.

Puis il disparut brièvement de la vie publique, probablement trop occupé à ingurgiter assidûment le contenu de nombreuses bouteilles.

Après l’assassinat de ses copains de Charlie-Hebdo, il est sorti de sa léthargie, et nous est revenu avec une nouvelle chanson : « J’ai embrassé un flic ». Mais apparemment quand même sans renier « Hexagone ».

Dans « l’enfant du flic », Jean-Pax Méfret parlait lui aussi de la police et de l’armée en 1982, ou plus exactement du sort de leurs enfants, face aux anti-flics et aux antimilitaristes. Et c’était pour les défendre.

En juin 2016, après l’assassinat de deux policiers à Magnanville1, le chanteur Renaud est passé au poste de police municipale de l’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, pour offrir des fleurs aux policiers2. Pas rancuniers semble-t-il, les policiers de la ville ont accepté les fleurs ; pourquoi pas ? Beaucoup moins glorieux pour les policiers en revanche : ils ont posé avec le chanteur d’extrême-gauche, pour une photo donnée à la presse. Et on peut se demander s’ils auraient accepté de poser avec Jean-Pax Méfret ; pas sûr. C’est en effet une grande tradition des institutions de se trouver honorées lorsqu’un gauchiste qui dégueule habituellement sur elles accepte de faire une pause ; en revanche, ces mêmes institutions ne veulent souvent pas s’afficher avec des gens de droite qui les défendent….

Mais après tout, le chanteur Renaud en parlait déjà dans sa chanson « Où c’est qu’ j’ai mis mon flingue ? », en 1980 :

« Y a même des flics qui me saluent

Qui veulent que je signe dans leurs calots

Moi je crache dedans, et je crie bien haut

Que le bleu marine me fait gerber »

Renaud n’a, semble-t-il, toujours pas renié cette chanson non plus. Il pourrait peut-être la dédicacer aux policiers vauclusiens…..

Mais comme aujourd’hui, il a quand même « embrassé un flic » après l’assassinat de ses potes, il est impossible de conclure cette chronique sans citer « l’enfant du flic » de Jean-Pax Méfret, dont les paroles s’appliquent finalement particulièrement bien, une trentaine d’années plus tard, au chanteur Renaud. L’enfant du flic, donc :

« A la télé, dans les journaux,

Son père est traité de facho.

Mais dès qu’il arrive un problème,

C’est le flic, le soldat qu’on aime. »

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1- Voir chronique du 20 juin 2016 : « Les étincelles du ramadan ».

2- « Quand Renaud offre des fleurs aux policiers », le Dauphiné, 15 juin 2016, article non-signé, (site Internet).

Tout le monde déteste la police

A en croire les médias, la police n’était pas très aimée en France. Toujours à les en croire, après les attaques terroristes de janvier 2015, notamment contre le magazine ordurier Charlie-Hebdo, la population s’est mise à aimer la police, même si depuis, ce soutien et cet amour ont un peu baissé. Les articles et sujets de journaux télévisés sont innombrables, qui soit assènent spécifiquement cette thèse, soit mentionnent cette thèse comme une évidence, lors du traitement d’un autre sujet.

Il ne me semble pas que ce soit exact. En fait, ce que décrivent les médias, ce n’est pas l’évolution des sentiments de la population envers la police ; c’est l’évolution des sentiments du monde médiatique (journalistes, animateurs et « artistes »).

Avant janvier 2015, la majorité de la population soutenait la police. A l’exception du monde médiatique, de l’extrême-gauche et d’une partie de la gauche, et des délinquants, en particulier dans les quartiers à forte délinquance et forte population étrangère ou d’origine étrangère, appelés « quartiers ».

En 2015, la population a continué à aimer sa police. L’extrême-gauche a continué à défiler en scandant « tout le monde déteste la police ». Les « quartiers » ne se sont pas mis à aimer la police. Seul le monde médiatique a changé partiellement. Quand des terroristes tuaient un général français ou le PDG de Renault, rafalaient dans un restaurant juif à Paris, ou mettaient des bombes dans le métro parisien, çà n’était pas de nature à provoquer un regain d’amour pour les forces de l’ordre dans le monde médiatique ; mais quand en 2015, des terroristes ont tué leurs copains, des journalistes ou caricaturistes d’extrême-gauche, alors les membres de la classe médiatique ont brusquement commencé à trouver les policiers un peu plus sympathiques.

En fait, cette prétendue évolution du sentiment général face à la police est symptomatique d’une tare des médias français ; ils sont convaincus que ce qu’ils pensent ou ressentent est forcément pensé ou ressenti par la population.

La droite se maintient en Norvège

Le 11 septembre 2017, les Norvégiens étaient appelés aux urnes pour leurs élections législatives.

La gauche a progressé par rapport aux précédentes élections en 2013. Le premier parti du pays est certes en baisse : le parti travailliste passe de 30,8% en 2013 à 27,4% en 2017, et tombe de 55 à 49 députés. Mais les autres partis de l’opposition de gauche progressent : le parti du centre passe de 10 à 19 députés, le parti socialiste de gauche passe de 7 à 11 députés, et les communistes du parti Rouge, créé en 2007, entrent au parlement avec 2,4% des voix et 1 siège.

La coalition de droite au pouvoir, bien qu’en baisse de 8 sièges par rapport à la précédente élection, conserve la majorité absolue à 88 sièges sur 169, contre 81 sièges à l’opposition de gauche.

Chacun des partis de la coalition de droite est en légère baisse : le parti conservateur du premier ministre Madame Erna Solberg, le parti du progrès, le parti libéral et le parti populaire chrétien. En 2013 comme en 2017, le parti conservateur et le parti du progrès forment le gouvernement ; le parti libéral et le parti populaire chrétien soutiennent le gouvernement sans y participer.

Parti de droite nationale norvégien créé en 1973, le parti du progrès a obtenu entre 2% et 5% des voix entre 1973 et 1985. Aux élections législatives de 1989, il devient le 3ème parti norvégien, avec 13% des voix et 22 députés. Après une baisse aux législatives de 1993 (6,3% et 10 députés), il repart à la hausse en devenant le deuxième parti norvégien en 1997 (15,3% et 25 députés). Il repasse à la 3ème position en 2001 (14,6% et 26 sièges). Il culmine aux législatives de 2005 (22,1% et 38 députés) et 2009 (22,9% et 41 députés), se hissant à nouveau à la deuxième place lors de ces deux élections (l’assemblée norvégienne comptait 165 sièges de 1989 à 2005, et en compte 169 depuis 2005). En 2013 et 2017, le parti du progrès baisse : 16,3% et 29 députés en 2013 ; 15,2% et 27 députés en 2017 ; il est relégué en troisième position par la montée du parti conservateur. Mais ce recul est compensé par l’entrée du parti du progrès dans la coalition de droite, et au gouvernement en 2013 ; le parti du progrès se voit attribuer en 2013 sept ministères sur 18, dont le ministère des finances (Madame Siv Jensen) et celui de la justice ; fin 2015, le gouvernement passe à 19 ministères, et le parti du progrès a désormais un huitième ministère, celui de l’immigration et de l’intégration. Ce nouveau ministère est attribué à Sylvi Lysthaug, ministre de l’agriculture dans le précédent gouvernement. Après les élections de septembre 2017, la répartition des ministères entre les partis reste identique.

Des communes sans racines

Comme Boischampré, certaines nouvelles communes ont tout effacé de l’histoire des anciennes communes, en se cantonnant à des noms géographiques sans âme (vallée, lac,…)

La commune de Val-en-Vignes, créée en 2017 dans les Deux-Sèvres, fait tellement dans l’originalité qu’elle prend quasiment le même nom que s’était donné en 2016 la nouvelle commune de Val-des-Vignes, en Charente.

Que penser du nom d’Eole-en-Beauce, qui efface et remplace en 2016 quelques communes d’Eure-et-Loir ?

Et Bourgvallées, dans la Manche ?

Et Entrelacs, en Savoie ?

Les-Premiers-Sapins, dans le Doubs ?

La palme du ridicule revient probablement en 2016 à Capavenir-Vosges. Capavenir-Vosges, c’est un nom de commune ? On dirait le nom d’un contrat d’assurance-vie d’une banque régionale ou d’un magasin d’électroménager des années 60 ! D’autres, comme les conseillers municipaux FN de Thaon-les-Vosges (une des communes fusionnées), y voient1 « un nom de centre commercial sans âme qui nous fait perdre notre identité ». Il est probable que ceux qui ont choisi ce nom ringard et sans âme pensaient probablement être à la pointe de la modernité……

Où sont donc passées la fierté, l’estime de soi de ces villageois qui acceptent sans broncher que disparaissent les noms de leurs communes, héritage de dizaines de générations de paysans et d’artisans, remplacés par des noms qui évoquent des marques de lessive ou de yaourt, voire des noms de compagnies d’assurance ?

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1- Tribune libre dans le bulletin municipal de Capavenir-Vosges d’avril 2016.