Elections de mi-mandat américaines

Les nouveaux élus américains sont entrés en fonction le 4 janvier 2019.

Les élections ont été organisées le 6 novembre 2018, avec de très rares seconds tours ultérieurs.

Les élections de mi-mandat sont généralement peu favorables au parti du président élu deux ans plus tôt.

Les républicains ont perdu le contrôle de la chambre des représentants, dont les 435 membres étaient renouvelés. Les démocrates ont désormais 235 sièges, et les républicains 200 ; soit un gain global de 41 sièges pour les démocrates. Les républicains étaient majoritaires à la chambre des représentants depuis 2010.

En revanche, les républicains ont légèrement augmenté leur avance au sénat. Les républicains avaient conquis le sénat en 2014. En 2016, ils avaient conservé la majorité au sénat avec 52 sièges sur 100. Suite à la nomination de Jeff Sessions, sénateur de l’Alabama, comme ministre de la justice par le président Trump, une élection partielle a été organisée le 12 décembre 2017 ; le candidat démocrate a gagné le siège ; les républicains n’ont plus alors eu que 51 sièges sur 100 au sénat. Le sénat étant renouvelé par tiers, 35 sièges étaient en jeu en 2018 : 24 démocrates, 2 indépendants proches des démocrates et 9 républicains. A priori, les démocrates avaient beaucoup plus à perdre dans cette élection que les républicains. Les républicains enregistrent un gain de 2 sièges, et ont désormais 53 sièges au sénat. Les sièges de l’Arizona et du Nevada ont été perdu par les républicains au profit des démocrates ; en sens inverse, les républicains ont conquis sur les démocrates les sièges du Dakota du nord, de Floride, de l’Indiana et du Missouri. Leur majorité au sénat est un élément très important pour les républicains ; dans les deux prochaines années, le président Trump pourra ainsi assez facilement faire confirmer ses nominations de juges fédéraux, et aussi à la cour suprême si une vacance se présente. La majorité républicaine est néanmoins assez faible au sénat. En 2020, 34 sièges devraient être renouvelés : 22 républicains et 12 démocrates ; ce sera donc une situation inversée par rapport à 2018 ; les gains républicains ne pourront de toute façon être que faibles, et les pertes potentielles seront de nature à faire passer le sénat du côté démocrate.

Pour la petite histoire, la candidate républicaine qui a perdu dans l’Arizona est quand même devenue sénatrice. En effet, chaque Etat a deux sièges de sénateur ; un siège de l’Arizona était en jeu en 2018 ; le sénateur sortant républicain ne se représentait pas, et la candidate républicaine, Martha McSally, n’a pas été élue. Mais l’autre sénateur républicain de l’Arizona, John McCain, est mort le 25 août 2018 ; le gouverneur de l’Arizona avait désigné le républicain Jon Kyl pour le remplacer ; celui-ci avait accepté, mais pas au-delà de 2019 ; après la défaite de novembre 2018 de Martha McSally, le gouverneur l’a désignée sur l’autre poste de sénateur, en remplacement de Jon Kyl.

En ce qui concerne les gouverneurs, les républicains perdent du terrain. 36 des 50 sièges étaient renouvelés ; 26 gouverneurs sortants étaient républicains, 9 étaient démocrates et 1 était indépendant. Les républicains ont gagné un seul Etat, l’Alaska, dont le gouverneur était indépendant ; ils ont perdu 7 Etats au profit des démocrates (Illinois, Kansas, Maine, Michigan, Nevada, Nouveau-Mexique et Wisconsin). Après les élections de 2018, il y a désormais 27 gouverneurs républicains et 23 démocrates.

Un Etat particulièrement regardé dans les élections américaines est la Floride. C’est en effet un Etat qui fournit un nombre assez important de grands électeurs à l’élection présidentielle (29), et qui est susceptible de basculer dans un camp ou dans l’autre. A l’élection présidentielle de 2016, le candidat républicain Donald Trump avait obtenu 49,02% des voix contre 47,82% pour sa rivale démocrate Hillary Clinton (soit 110.000 d’écart). En 2018, la Floride a de nouveau élu un gouverneur républicain, Ron De Santis, avec 49,6% des voix, contre 49,2% à son adversaire démocrate (soit environ 30.000 voix de différence). En 2014, le gouverneur républicain sortant Rick Scott avait été réélu avec 48,1% des voix contre 47,1% à son concurrent démocrate Charlie Crist (par ailleurs ancien gouverneur républicain de Floride de 2006 à 2010 ; ce n’est pas forcément très facile à suivre….), soit une différence d’environ 60.000 voix. Depuis 1998, la Floride a un gouverneur républicain (Jeb Bush de 1998 à 2006, Charlie Crist de 2006 à 2010, Rick Scott de 2010 à 2018, et Ron De Santis depuis 2018). En ce qui concerne les élections sénatoriales, l’ancien gouverneur républicain de Floride Rick Scott bat en 2018 le sénateur démocrate sortant Bill Nelson avec 50,1% des voix contre 49,9%, soit 10.000 voix d’écart. En 2016, l’autre sénateur de Floride, le républicain Marco Rubio, avait été plus largement réélu avec 51,98% des voix contre 44,31% à son concurrent démocrate.

Les élections de 2018 ont aussi été l’occasion, comme d’habitude, de solliciter les électeurs pour de multiples référendums.

Des mesures de « Marsy’s Law » ont été adoptées dans 5 Etats : en Floride (61,61%), en Géorgie (80,93%), au Nevada (61,19%), en Caroline du Nord (62,13%) et en Oklahoma (78,01%). Les « Marsy’s Law » sont des ensembles de mesures destinées à garantir les droits des victimes et de leur famille, ainsi nommées en référence à Marsy Nicholas, assassinée en 1983.

Plusieurs référendums ont encore été consacrés à l’avortement. En Alabama, 59,01% des votants ont décidé que l’Etat d’Alabama doit reconnaître les droits des enfants à naître, y compris le droit à la vie, et que rien dans la constitution de l’Alabama ne reconnaît un droit à l’avortement, ni un droit au financement de l’avortement. En Virginie occidentale, 51,73% des votants ont décidé que rien dans la constitution de leur Etat ne garantit un droit à l’avortement ni n’oblige à un financement de l’avortement. Ces deux référendums ne changent concrètement rien au « droit à l’avortement », mais pourraient avoir des conséquences dans le cas d’une éventuelle décision de la cour suprême renversant l’arrêt Roe v. Wade. A l’opposé, 64,48% des électeurs de l’Oregon ont refusé d’interdire l’utilisation des fonds publics pour le financement de l’avortement.

Pour terminer cette chronique sur les élections américaines de 2018, on citera trois référendums de nature à influencer les prochains processus électoraux.

Tout d’abord le référendum relatif au vote des « félons » organisé en Floride. Dans cet Etat, la législation semble très sévère pour les criminels condamnés, les « félons », qui n’ont pas le droit de vote, y compris quand ils ont effectué leur peine. Les électeurs de Floride ont approuvé à 64,55% la proposition de donner le droit de vote aux anciens détenus, à certaines exceptions (meurtres, viols). Cette mesure pourrait permettre l’inscription d’un million d’anciens condamnés sur les listes électorales de Floride. Vu les faibles écarts de voix évoqués plus hauts en Floride, l’application de cette mesure peut être de nature à influencer les prochains résultats électoraux dans cet Etat.

Enfin les électeurs de deux Etats ont approuvé l’obligation de présenter une pièce d’identité avec photographie pour pouvoir voter : l’Arkansas à 79,47% des voix, et la Caroline du nord à 55,49% des voix. 18 Etats américains demandent désormais une pièce d’identité avec photo pour participer au vote. Généralement, ces mesures sont mises en place par les républicains, qui souhaitent lutter contre la fraude électorale, et combattues par les démocrates qui y voient une atteinte à la démocratie, et qui considèrent que ces mesures sont mises en place par les républicains, afin d’augmenter leur score aux élections ; vu de l’étranger, c’est tout de même assez curieux de constater qu’un parti politique ne veut pas de moyens de lutte contre la fraude électorale, en reconnaissant que ce serait de nature à faire baisser ses propres résultats électoraux. Et, toujours vu de France, où l’on présente une pièce d’identité pour voter, il peut même paraître incompréhensible qu’on puisse voter aux Etats-Unis sans présenter de pièce d’identité.

Ueli Maurer président de la Suisse

Encore une nouvelle de nature à horrifier tous nos « démocrates » et « progressistes » : la Suisse a un président « d’extrême-droite ».

Ueli Maurer, membre de l’UDC1, est président de la Suisse pour l’année 2019.

Le président de la Confédération suisse est élu pour un an ; il ne peut pas tenir cette fonction deux années consécutives. Il est choisi parmi les 7 membres du conseil fédéral, qui est le gouvernement de la Suisse. Les principaux partis, de tendance très opposés, sont systématiquement présents au conseil fédéral : il y a actuellement 2 conseillers fédéraux membres de l’UDC, 1 du parti démocrate-chrétien, 2 du parti libéral-radical et 2 du parti socialiste.

Ce n’est pas la première fois qu’un membre de l’UDC est président de la Suisse. Ueli Maurer avait déjà été président en 2013. Ce fut le cas d’autres membres de l’UDC : par exemple Rudolf Gnägi (en 1971 et 1976), Leon Schlumpf (en 1984), Adolf Ogi (en 1993 et 2000) et Samuel Schmid (en 2005).

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1- Voir chronique du 20 décembre 2015: « Elections fédérales suisses ».

Les Suisses votent pour la soumission aux juges étrangers

Les Suisses étaient appelés à se prononcer par référendum le 25 novembre 2018 sur la réforme de la constitution intitulée « le droit suisse au lieu de juges étrangers (initiative pour l’autodétermination) ».

Cette réforme était proposée par l’UDC1.

Ce texte proposait d’inclure dans la constitution suisse les dispositions suivantes :

« – Le droit est la base et la limite de l’activité de l’Etat. La Constitution fédérale est la source suprême du droit de la Confédération suisse.

– La Confédération et les cantons respectent le droit international. La Constitution fédérale est placée au-dessus du droit international et prime sur celui-ci, sous réserve des règles impératives du droit international.

– La Confédération et les cantons ne contractent aucune obligation de droit international qui soit en conflit avec la Constitution fédérale.

– En cas de conflit d’obligations, ils veillent à ce que les obligations de droit international soient adaptées aux dispositions constitutionnelles, au besoin en dénonçant les traités internationaux concernés.

– Les règles impératives du droit international sont réservées.

– Le Tribunal fédéral et les autres autorités sont tenus d’appliquer les lois fédérales et les traités internationaux dont l’arrêté d’approbation a été sujet ou soumis au référendum ».

L’UDC a initié ce référendum, car certaines décisions approuvées par référendum ne sont pas appliquées, à cause de textes internationaux.

Dans son argumentaire pour son texte, l’UDC présente un certain nombre de cas qu’elle juge scandaleux. Par exemple, un Allemand, condamné à 8 mois de prison avec sursis pour agression, et ayant déjà été condamné pour des violations des lois sur la drogue et sur les armes, n’a pas été expulsé. Refusant d’appliquer le texte adopté par référendum2 sur « le renvoi effectif des criminels étrangers », le tribunal cantonal de Zurich n’a pas voulu expulser l’Allemand, en se fondant sur l’accord de libre circulation avec l’Union européenne.

L’initiative pour l’autodétermination a été rejetée par 66,2% des électeurs, et n’a obtenu la majorité dans aucun canton.

C’est une nouvelle défaite pour l’UDC après l’échec du référendum3 de février 2017.

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1- Voir chronique du 20 décembre 2015: « Elections fédérales suisses ».

2- Voir chronique du14 mars 2016 : « La revanche du mouton noir ».

3- Voir chronique du 21 février 2017 : « Naturalisations en Suisse ».

Elections législatives suédoises

Les élections législatives étaient organisées en Suède le 9 septembre 2018, afin de renouveler les 349 sièges du parlement ; le vote n’a permis à aucune coalition d’atteindre la majorité absolue des 175 sièges.

Depuis les élections de 2014, le social-démocrate Stefan Lofven était premier ministre, à la tête d’un gouvernement minoritaire.

Les deux principaux partis ont baissé en 2018 ; à gauche, les sociaux-démocrates ; à droite, les modérés.

La coalition de gauche sort affaiblie du scrutin de 2018.

Votes 2014

Sièges 2014

Votes 2018

Sièges 2018

Parti social-démocrate

31,01%

113

28,26%

100

Verts

6,89%

25

4,41%

16

Parti de gauche

5,72%

21

8%

28

total

159

144

En revanche, la coalition de droite reste stable.

Votes 2014

Sièges 2014

Votes 2018

Sièges 2018

Modérés

23,33%

84

19,84%

70

Parti du centre

6,11%

22

8,61%

31

Chrétiens-démocrates

4,57%

16

6,32%

22

Libéraux

5,42%

19

5,49%

20

total

141

143

Le parti de droite nationale, les démocrates de Suède, progresse une nouvelle fois lors de ce scrutin.

Votes 2014

Sièges 2014

Votes 2018

Sièges 2018

Démocrates de Suède

12,86%

49

17,53%

62

Depuis 2006, les démocrates de Suède ont régulièrement et sensiblement progressé à chaque élection législative.

voix

sièges

1988

0,02%

0

1991

0,09%

0

1994

0,25%

0

1998

0,37%

0

2002

1,44%

0

2006

2,93%

0

2010

5,70%

20

2014

12,86%

49

2018

17,53%

62

Plusieurs mois après l’élection, un nouveau gouvernement n’a toujours pas été formé. Les modérés et les chrétiens-démocrates ne semblent pas complètement fermés à une alliance avec les démocrates de Suède, mais les centristes et les libéraux y semblent opposés.

Si la situation reste bloquée, de nouvelles élections devront être organisées.

La coalition de droite, en 2014, avait laissé arriver au pouvoir un gouvernement minoritaire de gauche, pour ne pas s’allier avec les démocrates de Suède. A l’opposé, de 1991 à 1994, le leader des modérés, Carl Bildt, était devenu premier ministre à la tête d’une coalition minoritaire des mêmes 4 partis, et avait gouverné avec le soutien de Nouvelle Démocratie, éphémère parti « populiste » anti-immigration qui avait obtenu 6,73% des voix et 25 sièges aux élections de 1991.

Elections régionales en Andalousie

Des élections régionales étaient organisées en Andalousie le 2 décembre 2018. Les 109 membres de l’assemblée régionale sont élus à la proportionnelle dans des circonscriptions.

L’Andalousie, ancrée à gauche, était gouvernée par une coalition parfois chaotique entre les socialistes du PSOE et les centristes de Ciudadanos.

Les partis de gauche baissent fortement en 2018. C’est le cas du PSOE. C’est aussi le cas de l’extrême-gauche : PODEMOS et Izquierda Unida (« gauche unie ») font un plus mauvais score en 2018 où ils étaient unis, qu’en 2015 où ils faisaient listes séparées.

Voix 2015

Sièges 2015

Voix 2018

Sièges 2018

PSOE

35,41%

47

27,94%

33

PODEMOS

14,86%

15

16,19%

17

IU

6,89%

5

A droite, le parti populaire baisse aussi. Mais Ciudadanos progresse fortement. Enfin, Vox obtient pour la première fois un score significatif dans une élection en Espagne. Avec 10,96% des voix (contre 0,46% en 2015), Vox gagne 12 sièges.

Voix 2015

Sièges 2015

Voix 2018

Sièges 2018

PP

26,74%

33

20,75%

26

Ciudadanos

9,28%

9

18,28%

21

Vox

0,46%

0

10,96%

12

Vox est un parti de droite nationale créé fin 2013 par des dissidents du parti populaire. En 2014, avec 1,56% des voix, il n’obtient pas de député au parlement européen. Vox stagne, ou baisse, aux élections suivantes.

Ce résultat de près de 11% aux élections andalouses est donc un événement pour Vox, et plus généralement pour la droite nationale en Espagne, inexistante électoralement depuis la fin du franquisme en 1982.

Deux facteurs peuvent expliquer cette soudaine poussée. Le premier est la tentative d’indépendance catalane avortée fin 2017, qui a provoqué en retour un soutien à Vox, partisan de l’unité de l’Espagne. Le second est l’immigration. Le problème de l’immigration n’est pas nouveau en Espagne, et n’avait pas jusqu’ici favorisé l’émergence d’un parti de droite nationale. Deux événements politiques ont eu des conséquences spectaculaires dans ce domaine en juin 2018. Le premier n’a pas eu lieu en Espagne, mais en Italie ; Matteo Salvini, le dirigeant de la ligue, est devenu ministre de l’intérieur1, et a interdit aux navires importateurs d’immigrés illégaux l’accès aux ports italiens. Le second a eu lieu au parlement espagnol ; le premier ministre de droite, Mariano Rajoy, à la tête d’un gouvernement minoritaire, sans majorité au parlement, a été renversé, et remplacé par le socialiste Pedro Sanchez, à la tête d’un nouveau gouvernement minoritaire ; et Pedro Sanchez a ouvert l’accès des ports espagnols à certains navires refusés par les Italiens. C’est peut-être à cette décision que Vox doit son début d’envol.

Avec ces élections en Andalousie, Vox a aussi gagné un siège de sénateur. En effet, le parlement national, les Cortes, est composé de deux chambres. Les membres de la chambre haute, le sénat, sont élus de deux différentes manières : certains sénateurs sont élus au suffrage universel direct dans les provinces ; les autres sont élus par les parlements régionaux des communautés autonomes (en général, une communauté autonome regroupe plusieurs provinces). En ayant obtenu des élus dans l’assemblée de la communauté autonome d’Andalousie, Vox va ainsi obtenir pour la première fois un élu au parlement national.

Cette poussée de Vox sera-t-elle durable ? L’heure de vérité se présentera fin mai 2019, aux élections européennes. Vox, en ayant montré qu’il obtiendra sûrement un score significatif suffisant pour avoir des députés européens, a peut-être enclenché une dynamique qui lui permettra d’obtenir désormais des résultats électoraux importants au niveau national.

Un autre élément important pour l’avenir de l’Espagne sera la coalition qui va diriger l’Andalousie. Les trois partis de droite (parti populaire, Ciudadanos et Vox) y ont la majorité. Vont-ils former une coalition, comme par exemple en Italie ou en Autriche ? Ou le parti populaire et Ciudadanos se soumettront-ils aux ordres de la gauche, et refuseront de s’allier à Vox, pour laisser le gouvernement de l’Andalousie à la gauche, comme par exemple en France ?

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1- Voir chronique du 21 juin 2018 : « Alliance entre la ligue et le M5S ».

Election régionale en Hesse

Après les élections en Bavière1 le 14 octobre 2018, ce fut au tour des électeurs de Hesse de renouveler leur assemblée régionale le 28 octobre 2018.

Les tendances furent identiques à celles observées en Bavière deux semaines plus tôt.

L’équilibre droite-gauche reste sensiblement le même que lors des précédentes élections régionales de 2013, mais les rapports de force à l’intérieur de la droite et de la gauche sont grandement modifiés.

A droite, la CDU reste le premier parti de la région, mais passe de 38,31% des voix à 26,96%. A l’inverse, l’AFD, qui n’avait obtenu aucun siège en 2013 avec 4,15% des voix (donc au-dessous des 5% requis), entre pour la première fois cette année au parlement régional en recueillant 13,14% des suffrages. Le FDP, qui avait conservé de justesse sa présence à l’assemblée régionale en 2013 avec 5,02% des voix, progresse légèrement en obtenant cette année 7,49% des voix. Les Freie Wähler n’obtiennent toujours pas d’élus en Hesse, mais passent de 1,23% en 2013 à 2,96% en 2018.

A gauche, le SPD baisse fortement, passant de 30,72% en 2013 à 19,80% cette année. A contrario, les Verts passent de 11,13% à 19,81%, doublant d’une centaine de voix le SPD pour devenir le deuxième parti régional ; la modification du rapport de force SPD/Verts est spectaculaire (30,72%/11,13% en 2013, et 19,80%/19,81% en 2018). Enfin, l’extrême-gauche de Die Linke progresse légèrement en passant de 5,15% à 6,30% des voix.

Depuis 2014, la Hesse était gouvernée par une coalition entre la CDU et les Verts. Avec la baisse de la CDU et la progression des Verts, la coalition CDU/Verts conserve de justesse une majorité d’une voix : la CDU obtient 40 sièges et les Verts 29 sièges, sur un total de 137 sièges.

Au niveau national, les élections en Bavière et en Hesse ont provoqué l’abandon par Angela Merkel de sa fonction de présidente de la CDU, qu’elle occupait depuis 2000 ; sa position à la présidence de la CDU est la deuxième plus longue (18 ans), après Helmut Kohl (25 ans, de 1973 à 1998), mais devant Konrad Adenauer (15 ans, de 1950 à 1966). Angela Merkel est remplacée par Annegret Kramp-Karrenbauer (surnommée « AKK »).

En ce qui concerne l’AFD, elle vient de terminer un cycle régional, qui lui permet maintenant d’avoir des élus dans les parlements des 16 régions allemandes. Créée en 2013, l’AFD n’avait pas participé aux élections régionales en Bavière la même année ; en 2018, avec les élections bavaroises, elle a désormais participé à toutes les élections régionales. Avec les élections en Hesse de 2018, elle a désormais des élus dans toutes les régions, puisqu’elle avait participé aux élections de 2013 en Hesse, mais sans parvenir à obtenir d’élus.

L’AFD entre maintenant dans un deuxième cycle régional. Les prochaines élections devraient lui permettre d’augmenter son score dans les régions. En 2019, seront renouvelés les parlements régionaux de Brême (mai), Brandebourg (septembre), Saxe (septembre) et Thuringe (octobre). Les régions de Brandebourg, Saxe et Thuringe sont situées dans l’ancienne Allemagne de l’Est, et l’AFD y est particulièrement forte. Elle y a fortement progressé ces dernières années. Le tableau suivant montre le résultat aux précédentes élections régionales de l’AFD dans ces 4 régions (2014, sauf pour Brême, en 2015), et le résultat obtenu par l’AFD dans ces régions aux élections législatives fédérales de 20172 ; dans la colonne « 2014-2015 », est aussi indiqué entre parenthèses le score obtenu par le NPD3 dans ces précédentes élections régionales.

2014-2015

2017

Brême

5,5%

10%

Brandebourg

12,2% (2,19%)

20,2%

Saxe

9,7% (4,95%)

27%

Thuringe

10,6% (3,62%)

22,7%

Il n’est pas certain que l’AFD égalera son score des législatives lors de ces scrutins de 2019, mais il paraît très probable qu’elle sera en progression par rapport aux précédentes élections régionales.

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1- Voir chronique du 20 octobre 2018 : « Elections bavaroises ».

2- Voir chronique du 17 décembre 2017 : « Angela Merkel paie l’addition ».

3- Voir chronique du 20 mars 2016 : « Recomposition allemande ? ».

Election de Jair Bolsonaro

L’élection présidentielle brésilienne a été organisée les 7 et 28 octobre 2018.

La campagne électorale a notamment été marquée par l’emprisonnement de Lula et la tentative d’assassinat de Jair Bolsonaro.

Luiz Inacio Lula da Silva (dit « Lula ») a été président d’extrême-gauche du Brésil de 2003 à 2011. Dilma Rousseff, du même parti que lui (parti des travailleurs), lui succède en 2011. Elle est destituée par le parlement en 2016 ; son vice-président, Michel Temer (centriste), lui succède. Après sa présidence, Lula est poursuivi pour des affaires de corruption. En mars 2016, Dilma Rousseff le nomme au gouvernement ; mais il ne reste au gouvernement qu’une journée, la justice suspendant sa nomination, qui semblait de manière un peu trop évidente être une manœuvre destinée à empêcher la justice d’envoyer Lula en prison ; après la destitution de Dilma Rousseff, Michel Temer nomme une autre personne au poste de Lula, ce qui met un terme aux procédures judiciaires devant décider si la suspension de sa nomination devait être annulée ou rendue définitive. Lula est désigné comme candidat du parti des travailleurs à l’élection présidentielle de 2018 ; mais condamné et emprisonné, il est déclaré inéligible ; le parti désigne alors Fernando Haddad comme candidat.

Ancien militaire, député de droite nationale, Jair Bolsonaro est le candidat du PSL1 à l’élection présidentielle de 2018. Le 6 septembre 2018, il est poignardé par un militant d’extrême-gauche ; il sort de l’hôpital trois semaines plus tard, après plusieurs interventions chirurgicales.

Le premier tour est un triomphe pour Bolsonaro qui arrive largement en tête avec 46,03% des voix ; il est suivi par Haddad (29,28%). Jair Bolsonaro gagne le second tour avec 55,13% des voix ; il est élu sur un programme de droite et anticommuniste, apparemment porté par un grand espoir populaire de lutte contre la corruption et la criminalité, ainsi que par la détestation, voire la haine, inspirées par le parti des travailleurs.

Jair Bolsonaro a obtenu ses meilleurs scores au nord-ouest, au centre et au sud du pays, tandis que les zones de force de Fernando Haddad se situaient au nord-est du Brésil.

Aux élections de la chambre des députés, le 7 octobre 2018, le PSL arrive en tête avec 11,7% des voix ; il obtient 52 sièges de députés, alors qu’il n’en avait qu’un dans la chambre sortante. Le parti des travailleurs arrive en deuxième position, avec 10,3% des voix, mais obtient plus de sièges que le PSL (56, contre 69 dans l’assemblée sortante). La chambre étant composée de 513 députés, il faudra donc que le parti du président trouve de très nombreux alliés dans cette assemblée traditionnellement émiettée : après les élections de 2018, 30 partis sont représentés à la chambre des députés ; 17 partis ont entre 1 et 10 députés, 11 partis ont entre 11 et 37 députés.

Par ailleurs, le PSL a remporté 3 des 27 sièges de gouverneur : dans les Etats de Roraima et de Rondônia au nord-ouest du pays, et dans celui de Santa Catarina au sud du pays.

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1- PSL : parti social-libéral

Tribalat : assimilation, la fin du modèle français.

J’ai lu l’année dernière « Assimilation : la fin du modèle français », écrit en 2013 par Michèle Tribalat.

Dans une première partie, un peu ardue, l’auteur montre le manque de sérieux et le peu de fiabilité des statistiques françaises et européennes en matière d’immigration.

Dans une deuxième partie, l’auteur essaie d’évaluer la présence musulmane. Elle établit notamment que la France est le deuxième pays musulman de l’Union européenne, après la Bulgarie, si l’on considère l’importance relative de la population musulmane par rapport à la population totale du pays, et le premier pays musulman de l’UE en valeur absolue ; il faut néanmoins noter que le livre date de 2013, donc avant l’ouverture totale des frontières allemandes opérée par madame Merkel. L’auteur rappelle aussi qu’il y a nettement moins de musulmans aux Etats-Unis qu’en France, ce qui pourrait paraître surprenant, les Etats-Unis ayant une population très supérieure à la France, et étant une terre d’immigration. Elle souligne aussi que la présence musulmane en France est très liée à une immigration récente : en 2008, écrit-elle, 94% des musulmans âgés de 18 à 50 ans en France étaient des immigrés ou des enfants d’immigrés.

Dans une troisième partie, l’auteur analyse la difficulté d’assimiler les musulmans, qui tient aux musulmans eux-mêmes, mais aussi aux Européens qui n’exigent plus l’assimilation des nouveaux-venus.

Au bilan, un livre très intéressant, qui permet précisément d’entrer dans certains détails, de poser des définitions et d’avoir la vision d’une démographe.

Il faut néanmoins reconnaître que ce livre est quand même un peu soporifique, indigeste ; en tous cas son premier tiers ; après, la lecture est plus aisée. J’avoue avoir commencé sa lecture il y a plus de deux ans, et avoir abandonné. Je l’ai recommencée, et terminée, l’automne dernier. Mais il faut accepter de se plonger aussi dans les chiffres quand on veut réfléchir sérieusement sur l’immigration….

Nouvelle-Calédonie : toujours français !

Le 4 novembre 2018 était organisé le référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, et la participation au scrutin atteignit 81,01%. La question posée était : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». L’indépendance a été rejetée par 56,67% des suffrages exprimés.

Dans 2 des 3 provinces, le vote en faveur de l’indépendance a été massif ; il a recueilli 82,18% des voix dans la province des Iles, et 75,83% des voix dans la province Nord.

Dans la province Sud, où sont concentrés près des deux tiers des électeurs inscrits (64,7%), et qui comprend Nouméa, le vote a au contraire été massif en faveur de la France (74,12%) ; dans la ville de Nouméa, le refus de l’indépendance a recueilli 80,51% des voix.

Un référendum avait déjà été organisé le 13 septembre 1987. La question posée était : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ou demeure au sein de la république française ? ». Le référendum avait été boycotté par les indépendantistes. Les Calédoniens avaient voté à 98,3% pour la France. Pour ceux qui contesteraient ce résultat pour cause de boycott, il faut rappeler que la participation avait été de 59,1%, et que le nombre de bulletins blancs et nuls s’élevait à 2,13% ; ce qui donnait donc une confortable victoire aux partisans de la France.

Deux référendums seront probablement encore organisés à la demande des indépendantistes : un en 2020 et un en 2022.

On mange quoi ce soir ?

Notre langue s’avachit.

Les temps du subjonctif disparaissent.

Le passé simple semble condamné.

Il me semble pourtant que notre premier combat linguistique ne devrait pas être là. Il y a plus urgent ; et en même temps plus facile.

En effet, notre façon de parler se dégrade. Je dis « notre », car je dois malheureusement m’inclure dans cette tendance fâcheuse.

Je propose donc que nous tentions de corriger ou d’atténuer trois défauts de notre langage.

Avant de prendre des mesures, je suggère à mes lecteurs deux démarches. La première est de s’écouter parler soi-même ; afin de constater d’abord si l’on est soi-même fautif (et je pense que ce sera malheureusement le cas de la quasi-totalité de mes lecteurs…). La seconde est d’écouter parler les gens autour de soi (dans la famille, au travail,…) en cherchant à voir si ces trois défauts sont massivement présents ; et ce sera sans doute le cas.

La phase suivante sera d’essayer de mieux parler, en corrigeant un ou plusieurs de ces défauts.

Ces trois défauts sont importants, mais plus faciles à corriger que l’emploi du subjonctif.

On peut illustrer ces trois défauts par la question : « On mange quoi ce soir ? ».

Le premier de ces défauts est la disparition de la forme interrogative, qui devrait se traduire par l’inversion du sujet et du verbe. Ecoutez-vous parler, et écoutez les gens parler : On mange quoi ce soir ? Tu pars quand ? Tu vas où ? Le film commence à quelle heure ? La route est comment ? Cà t’a coûté combien ? Pourquoi tu dis çà ?

La correction de ce premier défaut est facile. Et votre entourage ne vous regardera normalement pas avec de gros yeux écarquillés si vous dites : Où vas-tu ? A quelle heure commence le film ? Ce qui serait en revanche le cas si vous partiez en croisade pour le subjonctif et que vous disiez : Je voulais que vous vinssiez avec moi. Sans oublier la possibilité, voire la probabilité, de faire quelques fautes dans les conjugaisons du subjonctif…

Première correction donc, et la plus importante. Ne disons plus : On mange quoi ce soir ? Revenons à la construction correcte : Que mange-t-on ce soir ?

Deuxième défaut : la propension à dire « on » au lieu de « nous ». Recommençons donc à dire : Que mangeons-nous ce soir ?

Troisième défaut : la disparition du futur. Recommençons donc à dire : Que mangerons-nous ce soir ?

Pour conclure, la correction de ces trois défauts, et en priorité le rétablissement de la forme interrogative correcte, est à la portée de tous, et n’est pas de nature à « choquer ». En tous cas, c’est ce que j’essaie personnellement de faire depuis quelques années. Même si l’on ne parvient pas à un succès total, on arrive progressivement à relever son propre niveau de français. On contribue à relever celui de nos interlocuteurs en les réhabituant à un français correct, en les immergeant à nouveau dans un français plus élégant. Et c’est particulièrement important quand on s’exprime en présence d’enfants.

Piteux centenaire

Ce 11 novembre était le centenaire de l’armistice de 1918 et de notre victoire sur l’Allemagne lors de la première guerre mondiale.

Curieux centenaire qui se situe bien dans la longue dérive du regard officiel de notre pays sur son histoire.

Nos soldats furent des « héros », ce ne sont désormais plus que des « victimes ». Cette dévalorisation de nos combattants n’est pas nouvelle, elle se poursuit.

Une nouvelle insulte aux combattants de 14-18 est venue de l’Elysée cette année ; d’après certains organes de presse, aucune cérémonie militaire n’a été organisée pour la victoire, car les combattants français n’étaient pas des soldats, mais « des civils qu’on avait armés » !

Nos soldats ne sont plus considérés comme des héros ; ils ne sont désormais même plus considérés comme des soldats….