J’ai lu les fables de Florian. Moins connues que celles de La Fontaine, et aussi plus difficiles à trouver dans une version intégrale normale. J’ai pu me faire offrir la réédition en édition de poche par « Pocket » il y a quelques années, mais il semble que cette réédition ait été rapidement épuisée.
Je suis sûr que beaucoup de personnes connaissent des morales de fables de Florian, mais sans savoir que c’est à lui qu’il faut les attribuer ; probablement ne perçoivent-ils pas ces phrases comme des morales de fables, mais comme l’expression de maximes populaires immémoriales, impression parfois renforcée par le fait que ces sentences nous étaient parfois répétées par nos grands-mères ou nos arrières-grands-mères.
En ce qui me concerne, je connais Florian, car j’avais appris à l’école une de ses fables : « Le vacher et le garde-chasse ». Fable qui raconte l’histoire de Colin qui « gardait un jour les vaches de son père (…) et s’ennuyait tout seul ». Il décide alors d’échanger sa place avec un garde-chasse qui poursuivait un chevreuil. Colin n’attrapa pas le chevreuil, et quand il revint, le garde-chasse dormait, et les vaches étaient volées. « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées », conclut la fable.
Je pense que la phrase sur les vaches bien gardées est très répandue en France, même si peu de monde connaît Florian.
D’autres morales des fables de Florian me paraissent assez utilisées. « Sans un peu de travail, on n’a point de plaisir » (« La guenon, le singe et la noix »). « Pour vivre heureux, vivons caché » (« Le grillon »). « Attendons la fin de l’affaire : rira bien qui rira le dernier » (« Les deux paysans et le nuage »). « L’asile le plus sûr est le sein d’une mère » (« La mère, l’enfant et les sarigues »).
D’autres fables de Florian me paraissent dignes d’intérêt, mais on ne va pas ici en dresser une liste exhaustive.
Je me contenterai d’en citer une : « Le calife ». Le calife fait bâtir un superbe palais, mais près de l’entrée restait « une étroite chaumière, antique et délabrée, d’un pauvre tisserand ». Son vizir, sur l’ordre du calife, veut faire disparaître la maisonnette ; mais rien n’y fait, ni argent, ni menaces. Finalement, le vizir, pour punir le réfractaire, décide de raser la maison, sans autre forme de procès. Mais le calife l’en empêche :
« J’ordonne qu’à mes frais elle soit réparée ;
Ma gloire tient à sa durée ;
Je veux que nos neveux, en la considérant,
Y trouvent de mon règne un monument auguste ;
En voyant le palais, ils diront, il fut grand ;
En voyant la chaumière, ils diront, il fut juste ».