Billot : l’affaire Vanneste

 

Je viens de lire « l’affaire Vanneste », livre de François Billot de 180 petites pages, publié en 2008.

Ce livre souffre d’au minimum trois défauts.

Tout d’abord, tout le monde ne connaît pas forcément Christian Vanneste, ni son action politique. L’auteur veut donc nous présenter cet admirable député. Néanmoins, se faire rappeler, quasiment à chaque trois pages, le caractère exceptionnel de Christian Vanneste, de son action parlementaire, ses talents de philosophe, l’admiration dont il jouit dans sa circonscription, çà devient vite un tout petit peu agaçant.

Ensuite, le livre a été publié en 2008, soit après la condamnation en appel de Vanneste, mais avant l’arrêt de la Cour de Cassation. Il serait utile que l’auteur publie une édition augmentée, prenant en compte les développements postérieurs à 2008.

Enfin, l’auteur paraît victime de la « technique du salami ». Il ne dénonce que les condamnations pour « homophobie », sans les mettre dans la continuité de la répression effectuée sous prétexte de racisme, voire même en légitimant la législation « antiraciste ».

Ceci dit, venons-en précisément au contenu du livre.

Il commence avec l’affaire Nouchet. Le 16 janvier 2004, à Noeux-les-Mines, dans le Pas-de-Calais, Sébastien Nouchet est trouvé dans le coma, gravement brûlé. L’enquête montre que Sébastien Nouchet, homosexuel, a tenté 19 fois de se suicider, et qu’il a été accusé de plusieurs départs de feu dans l’immeuble dans lequel il résidait précédemment, dans une autre ville. En l’absence de tout élément de preuve, la personne accusée de l’agression, emprisonnée plusieurs mois, est relaxée en 2006.

En s’appuyant sur une campagne médiatique menée par les lobbys homosexuels qui exploitent cette trouble affaire, le président Chirac récupère ce fait divers pour accélérer la création de la HALDE1 et créer le délit d’« homophobie ». L’auteur explique que la HALDE doit « devenir une sorte de tribunal, sans que l’accusé, pourtant, puisse bénéficier des droits complets de la défense ». Le livre expose les arguments présentés par Christian Vanneste contre l’adoption de ces mesures.

Le livre s’attache enfin à exposer les ennuis judiciaires de Christian Vanneste, poursuivi pour avoir déclaré que l’homosexualité était un comportement inférieur à l’hétérosexualité. Le 24 janvier 2006, le tribunal correctionnel de Lille condamne Christian Vanneste. Jugement confirmé, et peine aggravée par la Cour d’appel de Douai le 25 janvier 2007. Le tribunal indique notamment que le propos de Christian Vanneste était « dans une réponse destinée à être insérée dans un organe de presse s’adressant à un large public qui ne permettait pas de découvrir les fondements et les nuances de la pensée de Christian Vanneste, agrégé de philosophie et qui s’exprimait en tant qu’homme politique ». Situation « surprenante » pour l’auteur, qui indique : « Ce qu’écrit la Cour a quelque chose de terrifiant. En effet, s’il n’a pas été possible aux lecteurs des journaux ayant bénéficié d’une interview du député de « découvrir les fondements et les nuances de la pensée » de celui-ci, c’est bien parce que les propos du député ont été … censurés par les journalistes ». Etrange motif de condamnation, effectivement….

En conclusion, un livre intéressant et utile, dont je recommande la lecture, pour avoir les éléments principaux sur la chronologie et les argumentations de la création de la HALDE et du procès Vanneste.

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1- HALDE : Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité

 

 

 

Les drapeaux de l’Eurovision

 

A l’occasion du concours Eurovision de la chanson de cette année, les organisateurs ont précisé leurs consignes1 sur les drapeaux pendant la cérémonie.

Les motivations données pour la mise en œuvre de cette politique sont de garantir la sécurité et le caractère apolitique de la cérémonie.

La directive donne d’abord les dimensions maximales des drapeaux.

Elle indique ensuite que sont interdites les bannières « qui contiendraient un message commercial, ou un message que les organisateurs considéreraient de nature offensante, discriminatoire, inappropriée, politique ou religieuse. »

Concernant les drapeaux, seuls sont autorisés les drapeaux officiels des pays participants et des Etats membres de l’ONU. Pourquoi pas ? Ceci dit, puisque les organisateurs trouvent important de réglementer la présence des drapeaux, on peut quand même alors se demander pourquoi des drapeaux algériens ou chinois seraient bienvenus dans la salle de l’Eurovision.

A ceux-là s’ajoute le drapeau de l’Union européenne. Pourquoi pas ?

Enfin, est autorisé « le drapeau arc-en-ciel, comme symbole de la tolérance et de la diversité ». C’est extravagant. Le seul drapeau autorisé ne représentant pas un territoire est donc le « drapeau » homosexuel. Parce qu’il ne serait pas politique ; parce que les organisateurs ont décidé que le « drapeau » homosexuel serait le symbole de la tolérance. Et les organisateurs considèrent qu’en écrivant cela, ils ne font pas de politique ; alors que le symbole d’un mouvement contraire à ce que représente ce « drapeau », comme par exemple un mouvement opposé à la légalisation de la polygamie, de la location d’utérus et de l’achat d’enfants, est donc interdit,et serait donc, si l’on suit le raisonnement des organisateurs, un symbole « politique », et contraire à la « tolérance » et à la « diversité ».

Ce procédé des organisateurs me paraît directement inspiré des régimes communistes et national-socialiste. Les communistes n’autorisaient que la faucille et le marteau, et l’étoile rouge, car ces symboles n’étaient pas partisans ; ces symboles représentaient le peuple, le progrès, la démocratie ; et tout autre symbole était donc factieux, et anti-démocratique. La croix gammée n’était pas un symbole partisan ; elle représentait la vraie Allemagne ; donc tout autre symbole était au mieux non-allemand, au pire anti-allemand. De même, au concours de l’Eurovision, les organisateurs imposent leur idéologie politique comme la seule autorisée, et interdisent toute expression non seulement contraire, mais aussi seulement différente, et cela au nom de la « tolérance » et de la « diversité » ; à la fois grotesque et inquiétant. Il faut quand même noter que les sanctions ne sont pas les mêmes ; un drapeau non-autorisé dans une réunion communiste ou nazie vous exposait à un séjour fort peu touristique dans un camp ; un drapeau non-autorisé à l’Eurovision vous expose juste à sa confiscation à l’entrée (et à sa non-restitution à la sortie), voire à « l’interdiction d’entrée dans la salle ». Mais si la différence dans l’échelle des sanctions est considérable, la similitude du raisonnement politique est incontestable.

Autre règle sur les bannières. Les messages dans une langue autre que l’anglais ou la langue du pays hôte (la Suède cette année) sont interdits. Tiens donc : voilà le français interdit ! Alors que le règlement2 du concours impose que le porte-parole de chaque pays annonce les résultats du vote de son pays en anglais ou en français, les bannières en français sont interdites dans la salle ! Pourquoi seulement l’anglais est-il autorisé ? Au-delà de cette scandaleuse interdiction du français au profit de l’anglais, on peut aussi se demander pourquoi toutes les langues européennes ne pourraient pas être affichées dans la salle ; pourquoi les spectateurs ne pourraient pas soutenir le candidat de leur pays avec un message dans la langue de leur pays. Pour des raisons de sécurité ? Parce que ce serait « politique » ? Parce que ce serait « offensant, discriminatoire, inappropriée, politique ou religieux » ? Parce que parler en français ou dans la langue de son pays serait une atteinte à la « tolérance » ou à la « diversité » ? Interdire des bannières en français en français, russe, néerlandais, espagnol ou estonien, au nom de la tolérance et de la diversité, çà aussi, çà vaut son pesant d’or….

Pour couronner le tout, le gestionnaire de la salle de concert qui hébergera la finale du concours a mis sur son site Internet un document des organisateurs de l’Eurovision, document retiré depuis, qui donnait des exemples de drapeaux interdits : aux côtés des symboles d’organisations terroristes, comme l’OLP ou Daesch, figuraient notamment les drapeaux corses et écossais. Certains Européens ont assez modérément apprécié ce voisinage imposé.

Une note ultérieure3 des organisateurs concède désormais une autorisation pour les drapeaux locaux et régionaux, comme par exemple le drapeau du pays de Galles, l’un des chanteurs britanniques étant d’origine galloise. La note réinsiste sur l’autorisation d’entrée dans la salle des « drapeaux » homosexuels ; décidément, les organisateurs y tiennent à ce « drapeau ». Les organisateurs acceptent aussi une « approche plus tolérante envers d’autres drapeaux, à condition que le public respecte le caractère non-politique du concours. »

Enfin, il semblerait que les organisateurs aient finalement demandé au public de ne pas brandir le « drapeau » homosexuel pendant la prestation du chanteur représentant la Russie : apparemment, la Russie est le seul pays d’Europe à ne pas le considérer comme un symbole apolitique.

1- ESC 2016 flag policy

2- « Eurovision operated by EBU : public rules of the 61st Eurovision song contest », paragraphe 1.1.3

3- Note du 6 mai 2016