Torticolis

 

A chaque attaque terroriste, les médias se tournent spontanément vers la piste de l’extrême-droite. Ce fut par exemple le cas avec l’attentat du marathon de Boston ou les assassinats de Mohamed Merah. Avant d’être obligé de reconnaître qu’il s’agit d’attentats islamistes.

Il n’y avait pas de raison que ce ne fût pas le cas ce mois-ci.

A Orlando, malgré l’évidence des motivations islamistes du tueur, et même de la revendication de l’Etat islamique, certains avaient décidément un torticolis qui les poussait obstinément à regarder vers la droite. Par exemple, sur BFM-TV, l’ « expert » Jacques Poinas déclarait1 encore le 12 juin 2016 vers 18h30 : « L’homophobie historique est traditionnellement liée à l’extrême-droite ». Encore plus grotesque, des messages sur Tweeter faisaient le lien en France entre la tuerie d’Orlando et…. la Manif pour Tous, qui avait organisé des manifestations contre le mariage homosexuel et la légalisation des mères porteuses.

Il est très instructif de voir l’attitude des spécialistes du « pas d’amalgame » et du « rien à voir ». Quand un terroriste musulman tue au nom de l’islam, ils nous intiment l’ordre de ne pas faire d’amalgame avec l’islam, mais ils amalgament l’assassinat de 49 personnes au nom de l’islam avec l’opposition des Français aux mères porteuses. Quand un terroriste musulman tue 49 homosexuels au nom de l’islam, que ces assassinats sont revendiqués par l’Etat islamique, çà n’a rien à voir avec l’islam, mais çà aurait quelque chose à voir avec la Manif pour tous.

Pour les assassinats de Magnanville, je me suis couché le 13 juin après minuit, en éteignant la télévision qui répétait que le tueur était probablement un « ancien légionnaire ». Quelques heures plus tard, la thèse de l’ancien militaire avait mystérieusement disparu, l’assassin étant en réalité un musulman déjà condamné pour son implication dans une filière de recrutement djihadiste. D’où était venue cette « information » sur un ancien légionnaire ? Mystère ! On n’en a plus entendu parler. Même pas pour présenter des excuses pour cette erreur ou cette manipulation, ni pour nous expliquer les raisons de cette erreur, ni pour faire une enquête pour savoir s’il y avait eu volonté de manipulation et par qui. Juste le silence.

Le 16 juin 2016, enfin une bonne nouvelle qui vient de Grande-Bretagne ! Un vrai assassinat d’extrême-droite ! Helen Joanne Cox, alias « Jo Cox », travailliste immigrationniste et eurobéate, député de Batley et Spen, est tuée à Leeds, à coup de couteau et au pistolet. L’assassin a crié « Britain first2 », ce qui le lie à la campagne électorale pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Les journalistes peuvent enfin parler d’un meurtre sans lien avec l’islam. Et, dans la campagne du référendum, l’assassinat serait évidemment lié à la violence de la campagne de « l’extrême-droite ». Ceci dit, si j’ai bien compris, la « violence » de la campagne serait constituée par le fait que le parti UKIP veut que la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne, et fait campagne pour une limitation de l’immigration. Ce serait çà, la « violence ». En aucun cas, on ne nous a cité des affiches ou des propos appelant à assassiner des militants eurobéats en général, ni Helen Cox en particulier.

Le 18 juin 2016, un jeune Britannique a tenté de s’emparer de l’arme d’un policier, en vue d’assassiner Donald Trump, candidat du parti républicain à la présidentielle américaine de novembre 2016, lors d’un meeting de ce dernier à Las Végas. L’agresseur a été maîtrisé par la police.

En France, il ne doit pas exister un seul jour sans que Donald Trump ne soit systématiquement attaqué et insulté dans les médias ; a contrario, personne ne connaissait le nom d’Helen Fox avant son assassinat. Quand Helen Cox est assassinée, c’est à cause de la campagne violente des partis de droite contre les idées de gauche. Quand quelqu’un veut assassiner Donald Trump, ce n’est pas à cause de la campagne violente des médias de gauche contre la personne de Trump, c’est évidemment parce que Trump est un candidat qui « suscite la controverse », qui « génère des tensions » ; bref, d’après les médias, c’est quand même un peu sa faute.

Aïe ; le torticolis…..

Avant de terminer cette chronique, je précise que la phrase « enfin une bonne nouvelle qui vient de Grande-Bretagne ! », que j’ai écrite plus haut, est évidemment ironique, et que je la place dans la tête d’un journaliste de gauche dépité de ne recevoir que des dépêches concernant des attentats islamistes. Cà me paraît évident dans la construction de cette chronique, mais comme dans notre monde actuel, certains commentateurs ne sont pas aptes à lire plus de trois lignes, ils sont capables de la sortir de son contexte, et de la citer en disant que je me réjouis de l’assassinat de ce député. Je considère au contraire sans ambiguïté aucune que la violence n’est pas un moyen acceptable de la lutte politique ; la politique, c’est convaincre ses compatriotes, et non pas les tabasser, ni les assassiner.

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1- Cité dans Caroline Parmentier : « Tuerie islamiste », Présent, 14 juin 2016

2- Britain first : la Grande-Bretagne d’abord.

 

 

 

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