Elections régionales en Andalousie

Des élections régionales étaient organisées en Andalousie le 2 décembre 2018. Les 109 membres de l’assemblée régionale sont élus à la proportionnelle dans des circonscriptions.

L’Andalousie, ancrée à gauche, était gouvernée par une coalition parfois chaotique entre les socialistes du PSOE et les centristes de Ciudadanos.

Les partis de gauche baissent fortement en 2018. C’est le cas du PSOE. C’est aussi le cas de l’extrême-gauche : PODEMOS et Izquierda Unida (« gauche unie ») font un plus mauvais score en 2018 où ils étaient unis, qu’en 2015 où ils faisaient listes séparées.

Voix 2015

Sièges 2015

Voix 2018

Sièges 2018

PSOE

35,41%

47

27,94%

33

PODEMOS

14,86%

15

16,19%

17

IU

6,89%

5

A droite, le parti populaire baisse aussi. Mais Ciudadanos progresse fortement. Enfin, Vox obtient pour la première fois un score significatif dans une élection en Espagne. Avec 10,96% des voix (contre 0,46% en 2015), Vox gagne 12 sièges.

Voix 2015

Sièges 2015

Voix 2018

Sièges 2018

PP

26,74%

33

20,75%

26

Ciudadanos

9,28%

9

18,28%

21

Vox

0,46%

0

10,96%

12

Vox est un parti de droite nationale créé fin 2013 par des dissidents du parti populaire. En 2014, avec 1,56% des voix, il n’obtient pas de député au parlement européen. Vox stagne, ou baisse, aux élections suivantes.

Ce résultat de près de 11% aux élections andalouses est donc un événement pour Vox, et plus généralement pour la droite nationale en Espagne, inexistante électoralement depuis la fin du franquisme en 1982.

Deux facteurs peuvent expliquer cette soudaine poussée. Le premier est la tentative d’indépendance catalane avortée fin 2017, qui a provoqué en retour un soutien à Vox, partisan de l’unité de l’Espagne. Le second est l’immigration. Le problème de l’immigration n’est pas nouveau en Espagne, et n’avait pas jusqu’ici favorisé l’émergence d’un parti de droite nationale. Deux événements politiques ont eu des conséquences spectaculaires dans ce domaine en juin 2018. Le premier n’a pas eu lieu en Espagne, mais en Italie ; Matteo Salvini, le dirigeant de la ligue, est devenu ministre de l’intérieur1, et a interdit aux navires importateurs d’immigrés illégaux l’accès aux ports italiens. Le second a eu lieu au parlement espagnol ; le premier ministre de droite, Mariano Rajoy, à la tête d’un gouvernement minoritaire, sans majorité au parlement, a été renversé, et remplacé par le socialiste Pedro Sanchez, à la tête d’un nouveau gouvernement minoritaire ; et Pedro Sanchez a ouvert l’accès des ports espagnols à certains navires refusés par les Italiens. C’est peut-être à cette décision que Vox doit son début d’envol.

Avec ces élections en Andalousie, Vox a aussi gagné un siège de sénateur. En effet, le parlement national, les Cortes, est composé de deux chambres. Les membres de la chambre haute, le sénat, sont élus de deux différentes manières : certains sénateurs sont élus au suffrage universel direct dans les provinces ; les autres sont élus par les parlements régionaux des communautés autonomes (en général, une communauté autonome regroupe plusieurs provinces). En ayant obtenu des élus dans l’assemblée de la communauté autonome d’Andalousie, Vox va ainsi obtenir pour la première fois un élu au parlement national.

Cette poussée de Vox sera-t-elle durable ? L’heure de vérité se présentera fin mai 2019, aux élections européennes. Vox, en ayant montré qu’il obtiendra sûrement un score significatif suffisant pour avoir des députés européens, a peut-être enclenché une dynamique qui lui permettra d’obtenir désormais des résultats électoraux importants au niveau national.

Un autre élément important pour l’avenir de l’Espagne sera la coalition qui va diriger l’Andalousie. Les trois partis de droite (parti populaire, Ciudadanos et Vox) y ont la majorité. Vont-ils former une coalition, comme par exemple en Italie ou en Autriche ? Ou le parti populaire et Ciudadanos se soumettront-ils aux ordres de la gauche, et refuseront de s’allier à Vox, pour laisser le gouvernement de l’Andalousie à la gauche, comme par exemple en France ?

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1- Voir chronique du 21 juin 2018 : « Alliance entre la ligue et le M5S ».

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