Bibi Fricotin chez Hachette

Les éditions Hachette ont lancé l’année dernière la republication des albums de Bibi Fricotin, une bande dessinée publiée des années 1920 aux années 1980. A première vue, cette bande dessinée ne me paraît pas être un monument incontournable. Mais il y a pire comme bande dessinée ! Alors, si certains aiment, pas de problème, mais en ce qui me concerne, je ne vais certainement pas acheter l’intégrale des albums.

Chaque album est terminé par quelques pages d’explications autour de l’album. J’y viendrai dans quelques instants.

Mais j’ai d’abord été marqué par un avertissement sur l’album.

En bas de la page de garde de chaque album, il y a en effet la mention suivante, en lettres capitales : « AVERTISSEMENT : LES HISTOIRES DE CETTE COLLECTION SONT UNE REEDITION A L’IDENTIQUE DES EDITIONS D’ORIGINE QUI S’INSCRIVENT DANS UNE EPOQUE DONNEE – CERTAINES REFERENCES ET/OU PROPOS SONT PROPRES A CETTE PERIODE. »

C’est probablement l’application à la littérature des messages figurant sur d’autres produits de consommation. « Fumer nuit gravement à votre santé », lit-on sur les paquets de cigarettes. « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé », « à consommer avec modération », lit-on sur les bouteilles. Lorsque des produits alimentaires font l’objet de publicités à la télévision, on peut lire des slogans de prévention tels que : « Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour », « Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière », « Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé » ou « Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas ». La palme du comique revenant aux publicités sur les crédits bancaires : « un crédit vous engage et doit être remboursé » semble désormais systématiquement accompagner ces publicités.

En arriver à inclure ce genre d’ineptie dans les livres, quelle déchéance pour un éditeur ! Et quelle en est donc la raison ? Y aurait-il dans cette kyrielle d’album une réplique qui pourrait être considérée comme raciste, et les éditions Hachette ont-elles eu la trouille d’une campagne contre elles à cause de çà, et ont-elles tenté de s’en prémunir ainsi ?

Cà me rappelle un livre d’Oriana Fallaci que j’avais acheté il y a quelques années, « La force de la raison », très critique envers l’islam. Il y avait à l’intérieur un petit papier, inséré par l’éditeur : « Les Editions du Rocher sont une société indépendante qui s’est toujours engagée pour favoriser la liberté d’expression sous toutes ses formes ; c’est pour cette raison que les Editions du Rocher ont fait le choix de publier le présent ouvrage, afin de faire entendre un témoignage « différent ». Cet ouvrage a été publié dans douze pays et n’a jamais fait l’objet d’aucune procédure, de quelque nature que ce soit. Toutefois, nous demandons à chaque lecteur de lire ce texte avec suffisamment de recul et de sens critique, compte tenu du contexte international actuel ».

Il faut désormais que l’éditeur mette en garde le lecteur…….

Mais venons-en aux pages d’explications en fin d’album.

Je les ai trouvées bizarres, car je ne sais pas si leur rédacteur s’adresse à des enfants ou à des adultes ; et par ricochet, cette réédition est-elle censée s’adresser à des adultes ou des enfants ?

Il y a, par exemple, des explications concernant quelques expressions. « Dans Bibi Fricotin, les personnages utilisent parfois des expressions désuètes », nous explique le rédacteur. Les « expressions désuètes » listées dans les deux premiers albums sont : « il a perdu la tête », « j’ai l’estomac dans les talons », « rira bien qui rira le dernier », « espèce de blanc-bec », « faire un tour au charbon ». J’avoue ne pas avoir l’impression de vivre dans le même pays que le rédacteur de Hachette ; je suis d’accord pour la dernière expression ; on lui préfère aujourd’hui l’expression « aller au charbon ». Mais pour les autres, je suis extrêmement surpris qu’on puisse les considérer comme « désuètes ».

A qui s’adresse le rédacteur ? Expliquer ce que veut dire « perdre la tête » ou « rira bien qui rira le dernier » suggère que le public visé doit avoir entre 5 et 8 ans (et de surcroît probablement tellement hypnotisé par les écrans que l’accès à un livre ou la participation à des discussions paraissent peu fréquents!).

Mais dans ce cas, est-il bien indispensable de préciser que « faire un tour au charbon » était une expression utilisée par les prostituées ? Ou dans l’article sur les OVNI de nous parler du fermier « forcé d’avoir des relations sexuelles avec une entité féminine » ?

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